A Nantua (01), encouragés par la documentaliste et moi-même, les élèves de seconde du lycée Xavier-Bichat ont rédigé des fiches coups de cœur stylisées qu’ils ont glissées dans leurs albums préférés. Ils les ont mis en avant au CDI de l’établissement et à la bibliothèque municipale.
Marie-Emeline Orliange, professeur de lettres

 

Carla, élève de 6e au collège Saint-Théodard à Montauban se demande, comme d’autres, pourquoi dans Le Meilleur le rouge est si prégnant et, en fine observatrice, pourquoi Alex a tantôt des pieds rouges, tantôt des pieds blancs.

May des éditions 400 coups (Québec), à qui Livralire avait transmis le message, donne une réponse inspirante. Qu’elle en soit vivement remerciée !

« Pour moi, avec un album, c’est au lecteur de bâtir son sens, son interprétation. Il n’y a pas de vérité absolue qui dirait le sens exact d’un détail ou même de l’album dans son ensemble. Et ce même si le créateur avait une intention bien précise au départ.

En ce qui me concerne, le rouge symbolise la colère du père, l’intransigeance de la famille, l’angoisse de l’enfant, mais aussi l’amour que souhaite recevoir le protagoniste. Les sourires qu’il peint sur les portraits le démontrent bien.

Concernant les pieds, qui sont parfois sans chaussures ou chaussés en blanc ou en rouge… On peut penser que c’est un choix de l’illustrateur pour équilibrer les couleurs de chaque illustration. Mais ça pourrait aussi être une manière de montrer que la personnalité du garçon n’est pas encore bien enracinée. Il oscille entre ce que l’on attend de lui et ce qu’il est vraiment. Il est mis à nu devant son père (pieds nus), il est sans couleur devant sa famille (souliers blancs) et il est en quête d’amour (souliers rouges).

Je ne sais pas si ça répond à votre question. Chose certaine, ce serait intéressant de savoir comment votre élève aux yeux de lynx interprète tout ça. »

Delphine NAUCHE, professeur de lettres au collège de Pont-de-Vaux (01),  grande voyageuse, dévoile la démarche qu’elle a adoptée pour une lecture plurielle et créative de l’album Le Meilleur.

1ere étape : lecture coopérative de la couverture. Au CDI, en demi-groupe de 14 élèves réunis autour d’une grande table. L’album circule de mains en mains.  Commençant par la même formule « je vois », chacun décrit un élément visuel différent. Les jeunes ne voient pas tous la même chose ! Ils sont obligés d’être plus attentifs aux détails. Nous avons ensuite recherché les thèmes : le sport, la compétition, la famille…

2e étape :  lecture épicée Livralire (par mes soins). Grand succès !

3e étape : discussion. Nous avons parlé des relations familiales, du droit à la différence, de la compétition… Certains élèves timides deviennent plus loquaces grâce aux albums.

4e étape : écriture. Deux consignes au choix :
– écrire les paroles du père en prenant la dernière illustration comme support.
– imaginer et illustrer une fin heureuse. Le père reconnait ses torts et accepte son fils tel qu’il est.
(pour lire les propositions des élèves, cliquez sur chaque image)


A Givry, trois classes de CM ont participé à 1.2.3 albums, dont l’une en jumelage avec les seniors des Sept Fontaines qui chaque mardi profitent d’un atelier lecture mené par Marie-Christine, la présidente de Livralire et des complices. Pour les raisons sanitaires que l’on connait, les échanges sont jusque-là restés épistolaires.

La seule rencontre aura lieu le 13 juin 2022 avec résultats des votes et partage de lecture. Les résidentes témoigneront. Elles diront quel métier elles auraient aimé exercer, si elles avaient eu le cran de Christine de Pizan.

Elles se sont fait prendre en photo, ont choisi un modèle de coiffe du Moyen-Âge et un nom d’emprunt. Les portraits, arrangés par Marie Christine et son mari, peintre amateur, seront déposés dans la classe deux jours avant la rencontre. Des duos d’élèves volontaires choisiront un portrait et devront je jour J trouver la dame dans l’assistance.

Au collège Victor Hugo de Lugny (71), deux classes de 6e et deux classes extérieures ont embarqué pour la première année dans l’aventure 1.2.3 albums ». Encadrés au CDI par deux enseignants de lettres et moi-même, les élèves s’entrainent à présenter des lectures épicées à d’autres classes.

Pour Christine de Pizan, ils préparent une lecture musicalisée d’un kamishibaï inspiré de l’album.

Karine Monneret, professeur-documentaliste

 

En 2012, 50 lecteurs embarquaient à Sens (89) dans 1.2.3 albums. Dix ans plus tard, ce sont 600 jeunes et adultes qui participent au voyage, auxquels il faudrait ajouter les lecteurs individuels de la médiathèque et, comme le dit Amel, une jeune tunisienne, «nos enfants avec qui on lit les albums rapportés de l’atelier de français ! »

Dans la salle d‘exposition de la médiathèque, les bibliothécaires ont mis en valeur ces lectures intergénérationnelles en regroupant les albums de la décennie en 6 familles : Inter-générations / De l’art / Un trait d’humour/ Comment va le monde ? / Rêvons ensemble/ Un destin hors du commun.

Après la parenthèse Covid qui interdisait les regroupements, elles ont à nouveau organisé la rituelle rencontre de clôture de la saison avec une partie seulement de leurs voyageurs, l’ensemble des classes REP (Réseau Education Prioritaire) engagées se retrouvant en juin et les ainés étant encore isolés pour raison sanitaire !

Très touchés par la découverte du Facteur cheval, un des six Héros ordinaires, Rosine, Claude et deux autres résidents de la pension de famille Coallia ont, avec leur animatrice, chanté la Casquette du Facteur cheval de Michel Fugain. Et comme chaque fois ils ont apporté des gâteaux clin d’œil, cette fois en forme de cheval et de boite à lettres.

Les jeunes de l’EPNAK de Sens ont illustré les quatre saisons traversées par Gisèle et Marcel, les enfants-héros de Pas l’ombre d’un loup. Des pots, des plantes, un arrosoir, un soleil, un parapluie pour le printemps, l’été et l’automne. Un duo pour chanter l’amitié (reprise de Françoise Hardy par les Frangines) en hommage à la grand-mère et au loup. Pour finir, une distribution de cœurs en papier pour symboliser, confiait l’éducateur, non seulement l’album et aussi le projet qui rapproche les gens. La salle en vibrait d’émotion.

Les adultes de l’ESAT, qui partage au calme et avec joie (dixit)  chaque dimanche un album avec une éducatrice, ont montré leur valise de voyage tapissée avec les portraits des héros de la saison.

Le groupe de femmes apprenantes aurait aimé faire un drapeau de la Terre qui aurait réuni en une seule famille les personnages des albums comme celle qu’elles forment avec leur enseignante Christine. Promis l’an prochain, elles prendront sur leur temps pour préparer un souvenir de lecture.

C’est le contrat d’engagement demandé par les bibliothécaires très investies. Dommage que tous ne l’honorent pas !

Comme je circulais auprès des uns et des autres, des adultes se sont confiés :
– La lecture, c’est un phare dans la nuit.
– La lecture, c’est une bulle d’oxygène.
– Cette année, mon cœur a fait des siennes. J’ai failli mourir. Une chose m’aurait manqué : cette rencontre qu’on attend chaque année.
– Même si ce n’est pas dans les programmes officiels d’apprentissage de Français Langue Etrangère, la lecture des albums permet des échanges transversaux irremplaçables !
– Mes élèves, en ouvrant l’album « La forêt des frères », se sont dit qu’il y avait peu à lire. En observant de près les grandes images, ils les ont mises en mots, ont fait des hypothèses sur la fille. Est-ce la même ?  Si oui, pourquoi ? Et si elle symbolisait la nature ? Puis ils ont philosophé sur les choix de vie.

VML

 

 

 

 

Au collège de Seurre (Côte-d’Or), nous avons, un professeur de lettres et moi, embarqué deux classes de 5e. Sur des heures de français, j’ai accueilli successivement une première, puis une deuxième moitié de chaque classe au CDI. Pendant six séances, j’ai fait déguster plusieurs lectures épicées.

Une fois les albums lus en groupe et individuellement, j’ai demandé aux élèves de créer un acrostiche sur l’histoire de leur choix avec la première lettrine inspirée de celles de Christine de Pizan. Ils ont réussi à trouver le mot principal, mais j’avoue que le projet d’écriture était ambitieux. Il m’a fallu les aider pour éviter des répétitions et ruser pour quelques lettres difficiles à compléter.

Résultat : tous les albums ont inspiré au moins un acrostiche. L’ensemble sera partagé oralement en accompagnement des titres avant le vote puis exposé au CDI.

Exemple ci-contre : Féministe pour Christine de Pizan

Fabienne Bourjon, professeur-documentaliste