A Chalon, pour la 3e rencontre intergénérationnelle entre des 6e du collège Camille Chevalier et les seniors de la ville, nous avons découvert ensemble L’inventaire des jours selon le protocole de lecture épicée créé par Livralire.

1/ Les participants installés en cercle piochent chacun une phrase tirée du livre. Ensuite, on fait un 1er tour au cours duquel chacun lit sa phrase à voix haute. Puis, à la faveur d’un 2e tour, chacun se prononce sur la journée décrite : heureuse, difficile ou moyenne, glissant sa phrase dans le bocal correspondant, jaune, bleu ou translucide.

Une élève fait remarquer que le bocal bleu est le plus fourni. On compte. Effectivement, il y a 9 jours heureux, 13 difficiles, 7 neutres.

2/ Trois personnes, placées à intervalles réguliers dans le cercle, feuillettent simultanément et en silence l’album, pages tournées vers l’ensemble des lecteurs, afin de mettre l’accent sur la force symbolique des illustrations et donner l’envie à ces mêmes lecteurs de reprendre seuls l’album. On fait, par exemple, un arrêt sur image à la page du renard et du lapin. En quoi les deux masques illustrent-ils « Le jour où on fait quelque chose, alors qu’en réalité on aimerait faire autre chose » ? Les commentaires sont intéressants.

3/ Chacun est invité à partager en petit groupe (3 élèves, un adulte) oralement puis par écrit une source de bonheur et un souvenir d’attente.

4/ Quatre binômes intergénérationnels lisent successivement les contributions, très concrètes des jeunes, pleines d’émotion des aînés. Bien que les contributions soient anonymes, les  seniors ont identifié celle de la dame pour qui l’entrée en résidence seniors fut une grande joie. Sur invitation du professeur, elle explique pourquoi.

5/ De retour en classe, le professeur de lettres a repris certaines des phrases de l’album qui avaient été tirées au sort. Il a fait réfléchir les élèves sur le sens de ces formules. Par la recherche et la formulation d’exemples concrets, les élèves ont éprouvé la portée d’une formule comme  « Il y a des occasions pour dire un mot ou deux », ont compris que ces paroles banales, qu’on dit chaque jour sans plus trop y penser, peuvent être source de réconfort, de bonheur, de partage, et qu’on aurait donc tort de se priver de les échanger.

Ils ont ensuite aussi repris les contributions des seniors.  Exemple : qu’est-ce qu’un adulte veut dire quand il écrit : « J’attends que l’été revienne ».  Quelles raisons a-t-il d’attendre cette saison ? Les élèves ont alors recherché quelles réalités le mot « été » véhiculait pour un aîné. De ce point de vue, le témoignage de la dame heureuse d’intégrer une résidence seniors les a aidés dans la formulation de ces raisons : ils avaient déjà des exemples à leur disposition. Ils en ont conclu que adultes et enfants partagent tous des pensées, des réflexions, des émotions, des sentiments, des sensations finalement souvent identiques, communes. C’était l’intention du professeur, que les élèves perçoivent qu’aux images, aux mots, souvent abstraits, de l’album et des aînés correspondaient un vécu, des réalités très concrètes, à découvrir ou partager.

En donnant la possibilité de voir avec d’autres yeux que les siens, cet album a fait faire à chacun une expérience d’altérité.

Emmanuel Delorme et Véronique M Lombard

Quand elle était enfant dans son village africain, Adjoa et ses copines jouaient à « Combien tu portes ? » Ça consistait à deviner le poids du fardeau porté sur la tête. (ill. Courgeon-Tiens-toi droite p 8).

Celle qui gagnait, on lui faisait une nouvelle coiffure. Celle qui était le plus loin de la vérité, devait faire la corvée d’eau. Devenue femme, Adjoa continue à porter toutes sortes de choses : objets, nourriture, animaux et même sentiments !

Si elle l’avait croisée, Floriane de Lassée, l’aurait sans doute photographiée avec une pile de bassines d’eau sur la tête.

Pendant un voyage de 14 mois autour du monde, cette femme a photographié des porteurs de vie.

Elle a proposé à des gens de se mettre en scène avec ce qu’ils portaient ou ce avec quoi ils vivaient. Le portrait d’Aru, qui servira de couverture à son livre, est la première image réalisée.

Allez voir les portraits sur le site de son éditeur Filigranes, dans la vidéo qui montre en 2014 l’impression des photos du beau livre How much can you carry ?

Et vous que porteriez-vous sur la tête ?  Les paris sont ouverts, les selfies acceptés. Envoi à 123albums[at]livralire.org.

A la Maison des seniors de Chalon-sur-Saône, ce semestre, un lundi sur deux est organisée une séance 1, 2, 3 albums. Quatre des dix rendez-vous sont intergénérationnels : les seniors retrouvent une classe de 6e du collège Camille Chevalier pour la scénographie de présentation, deux lectures épicées et le vote. Les autres séances se déroulent entre seniors.

Le jour de la lecture entre seniors de Tiens-toi-droite nous est venue l’idée de partager avec les jeunes ce qui dans l’histoire entrait en résonance avec nos vies et de les interroger sur leur vécu. La formulation de trois questions a donné du piment à nos échanges.

1/ Quand j’avais votre âge, nous n’avions pas l’eau courante. Je montais des seaux à la maison. Participez-vous aux tâches domestiques ? Lesquelles ?

2/ Nous habitions Autun. Quand je marchais, mon père disait : « Ne marche pas le dos courbé, tu as la tête à la cathédrale et les fesses à Saint Antoche ». Est- ce qu’on vous dit de vous tenir droit à la maison ? Au collège ?  

3/ Le fils ainé, reconnaissant, installe l’eau courante pour sa mère Adjoa. Et vous que feriez-vous pour remercier un parent ?

Nous attendons leur réponse, qui va tarder vu que le collège comme tous les établissements scolaires français est fermé à partir du 16 mars et pour une durée indéterminée, coronavirus oblige !

Reste que cette formule d’échanges épistolaires occasionnels nous semble une idée intéressante pour enrichir les discussions et entretenir le lien entre complices de lecture.

VML

A l’accueil de jour d’adultes handicapés, j’ai fait à un groupe la lecture intégrale de l’album L’inventaire des jours. Je comptais avancer page à page tranquillement en les aidant à comprendre textes et images. Ils ont réagi très vite, plus que d’habitude, et tous, y compris une personne qui ne s’exprime jamais. Alors, j’ai demandé à chacun de me dire ou d’écrire s’il le pouvait, une phrase commençant par « Il y a des jours où… ». En quelques minutes, c’était fait…  Voilà ce qui est ressorti. 
Delphine Perrier, MFSL-Service Accueil de Jour Hurigny

Il y a des jours où je veux partir de l’endroit où je suis. M’évader loin de là. Être libre comme l’oiseau.

Il y a des jours où j’aime bien aller à l’accueil de jour, parce que je peux parler avec les autres, les éducateurs, faire des activités. Je me sens bien après.

Il y a des jours où je suis fatigué, je ne suis pas très bien et je n’ai pas envie d’aller à l’accueil de jour. Mais je me motive et je me dis vas-y, j’enlève le stress. Parce que je sais que ça me libère après.

Il y a des jours où je suis triste. J’ai peur des changements. Je ne connais pas les nouvelles personnes et je ne sais pas si elles vont être gentilles.

Il y a des jours où j’aimerais m’évader du travail, et aller me promener, voir des spectacles. J’aimerais être tranquille.

Il y a des jours où c’est plus difficile que d’autres, les humeurs, les attitudes changent. D’autres où il y a des rires, des pleurs. Et d’autres où on lit ces quelques lignes, et on se rappelle pourquoi on est là, pourquoi on a choisi ce métier. Et que ces mots, ces petits riens ont toute leur importance.

En prévision de la première rencontre intergénérationnelle à la maison des seniors de Chalon/Saône où sera jouée la scénographie le 13 janvier 2020, Véronique Marie Lombard est venue, la veille des vacances de Noël, rencontrer un groupe de 6e.

Aux élèves, regroupés par deux ou trois, elle a donné un exemplaire de la carte d’invitation, composée par Marie-Anne Wettstein. Elle leur a proposé d’observer les silhouettes, de les associer et d’imaginer quels personnages ils représentent, quels liens les unissent, ce qui peut bien leur arriver. Les suppositions fusent !

Si cette démarche formatrice de lecture d’images vous tente, sachez résister à la tentation d’être exhaustif. A ce stade du travail, il s’agit seulement de piquer la curiosité et surtout de susciter une attente. Au moment de la scénographie, puis des lectures épicées, il sera bien assez tôt de confronter les hypothèses formulées à la réalité des récits.

Emmanuel Delorme, professeur de lettres, collège Camille Chevalier, Chalon/ Saône.