Caroline Raulet-Marcel (Yonne) dresse la liste de ses humeurs, ses sentiments, ses envies au fil du confinement.
Combien de ses journées ressemblent aux vôtres ?

Il y a des jours où tu te dis que tu as toujours rêvé d’être Robinson
Il y a des jours où tu te sens à l’abri
Il y a des jours où tu te dis que tu as de la chance
Il y a des jours où tu as peur pour des gens que tu ne connais pas
Il y a des jours où tu as peur pour les gens que tu aimes
Il y a des jours où tu deviens folle
Il y a des jours où tu ne supportes plus qu’on te dise de « prendre soin de toi »
Il y a des jours où tu cherches d’autres façons de dire
Il y a des jours où tu cherches d’autres façons de penser
Il y a des jours où tu te demandes si tu tiendras un journal
Il y a des jours où le monde retient son souffle
Il y a des jours où le temps s’accélère
Il y a des jours où le temps s’effiloche
Il y a des jours sans horaire, et ça te plaît
Il y a des jours où tu es inquiète
Il y a des jours où tu es en colère
Il y a des jours de vertige

Il y a des jours où tu te demandes si les enfants vont retourner à l’école un jour
Il y a des jours où tu prends ton café au soleil
Il y a des jours où tu ne sais plus quel jour on est
Il y a des jours où tu prends le lilas en photo pour l’envoyer à tes amis
Il y a des jours où tu es abattue
Il y a des jours où tout t’agace
Il y a des jours où tu as l’impression de vivre un événement historique
Il y a des jours où tu es contente qu’un grain de sable fasse vaciller les certitudes
Il y a des jours où tu te demandes l’effet que cela t’aurait fait à un autre âge de ta vie
Il y a des jours au ralenti
Il y a des jours où tu apprends une mauvaise nouvelle.
Il y a des jours où tu arrives à faire l’école à la maison
Il y a des jours où tu te demandes à quoi ça sert
Il y a des jours où tu te demandes qui a inventé le télétravail
Il y a des jours où tu écris de longs messages
Il y a des jours où tu penses à ce que tu aimerais écrire
Il y a des jours où tout s’accumule
Il y a des jours où tu te demandes comment tu faisais avant
Il y a des jours où tu en as assez des défis de l’école
Il y a des jours où tu culpabilises de ne pas réussir à profiter de tout
Il y a des jours où tu te dis que tu devrais faire du sport
Il y a des jours où tu n’as pas le temps
Il y a des jours où tu dors longtemps
Il y a des nuits où tu n’arrives pas à dormir
Il y a des soirs où tu regardes la lune et les étoiles, parfois un avion qui laisse sa trace
Il y a des nuits où tu rêves, beaucoup
Il y a des jours où tu te promets que tu arrêteras de lire la presse
Il y a des jours où tu ne voudrais pas être réanimateur
Il y a des jours où tu te demandes si les soignants vont survivre
Il y a des jours où tu de demandes si c’est normal d’envoyer des gens désarmés à la guerre
Il y a des jours où tu essaies de calculer si le nombre de morts a augmenté par rapport à la veille, mais les chiffres se mélangent
Il y a des jours où tu te dis que ça fait longtemps que tu n’as rien lu sur l’Italie
Il y a des jours où tu repenses à ton voyage à Venise
Il y a des jours où tu te demandes si tu voyageras à nouveau un jour
Il y a des jours où tu te réjouis de ne pas être toute seule
Il y a des jours où tu lis de beaux textes
Il y a des jours où tu lis toujours la même chose
Il y a des jours où tu partages tes lectures
Il y a des jours où tu as envie d’écrire
Il y a des jours où tu ne fais rien de ce que tu avais prévu
Il y a des jours de ménage
Il y a des jours où tu aimerais ranger
Il y a des jours où le désordre t’oppresse
Il y a des jours où tu t’assois dans l’herbe de ton jardin
Il y a des jours où tu te dis que le printemps est là
Il y a des jours où tu proposes un pique-nique
Il y a des jours où tu aimerais t’ennuyer
Il y a des jours où tu aimerais être seule
Il y a des jours où tu aimerais être efficace
Il y a des jours où tu es usée
Il y a des jours où tu te sens cachée
Il y a des jours de légèreté, d’obligations annulées
Il y a des jours où tu te demandes si on n’est pas en été
Il y a des jours où tu repenses aux fêtes de famille
Il y a des jours où tu veux sortir
Il y a des jours où tu sors ta voiture
Il y a des jours où tu remplis ton caddie et où tu cherches un coin discret pour tousser
Il y a des jours où la ville est endormie, comme par canicule
Il y a des jours où tu découvres que ta pharmacienne a mis un masque
Il y a des jours où tu te demandes si le masque va devenir obligatoire
Il y a des jours où tu te dis que les masques cachent tout, même le regard.
Il y a des jours où tu te dis que tu vas acheter un smartphone quand ce sera possible
Il y a des jours où tu te dis que tu ne sais pas coudre
Il y a des jours où tu te demandes si tout ça n’est pas un rêve
Il y a des jours où tu te demandes si tout ça va s’arrêter un jour
Il y a des jours où tu te demandes si tu vas revoir ceux que tu aimes
Il y a des jours où tu parles avec tes voisins au-dessus du grillage
Il y a des jours où tu n’embrasses pas un ami, croisé par hasard
Il y a des jours où tu veux retrouver l’insouciance
Il y a des jours où tu travailles en pyjama
Il y a des jours où tu veux que les enfants s’habillent
Il y a des soirs où tu veux que les enfants se mettent en pyjama
Il y a des jours où tu te fâches
Il y a des jours où tu consoles
Il y a des jours où tu cajoles
Il y a des jours où tu t’enfermes
Il y a des jours où tu passes un long coup de fil
Il y a le jour où tu t’aperçois que tu as arrêté de faire des « to-do » listes
Il y a des jours où tu te dis que le congélateur est une belle invention
Il y a des jours où tu cuisines
Il y a des jours où tes enfants ne veulent que jouer
Il y a des jours où tes enfants jouent à l’école
Il y a des jours où tu es scotchée à ton écran
Il y a des jours où tu apprends de nouveaux mots
Il y a des jours qui se répètent
Il y a des jours uniques
Il y a des jours où tu te demandes comment ce sera d’être en vacances
Il y a des jours où le facteur passe
Il y a des jours où tu entends les oiseaux et les grenouilles du voisin
Il y a des jours où tu entends le bruit des tondeuses
Il y a des jours où le soleil te fait du bien
Il y a des jours où tu te demandes les souvenirs qui te resteront de cette drôle de période
Il y a des jours où tu te demandes s’il pleuvra à nouveau un jour
Il y a des jours où tu te demandes s’il n’y pas une erreur
Il y a des jours où tu remets tout au jour d’après
Il y a des jours où tu as envie que le monde change
Il y a des jours où tu sais qu’il ne changera pas.
Il y a des jours où tu as peur que le monde change
Il y a des jours où tu espères quand même

Heureux élèves d’Anaïs, leur enseignante à l’IME Saint-Jean à Albi, qui stimule leur travail scolaire et continue le voyage-lecture à distance, de façon très vivante en utilisant les possibilités du site Padlet. Elle leur donne des exercices, indique des liens, leur lance des défis (cette semaine celui de la photo de leur fenêtre) et fixe un rendez-vous vidéo hebdomadaire de lecture partagée.

Avant le confinement, ils avaient en classe lu quatre albums de la sélection. Depuis, elle a constitué des petits groupes de lecture de deux, trois ou quatre, en tenant compte de leur attirance pour tel ou tel des quatre autres livres et aussi de leur âge : ils ont entre 11 et 15 ans.

Avec quatre jeunes, impatients de découvrir Moi, c’est tantale, elle a organisé une lecture feuilleton. Pour le premier atelier en ligne, ils devaient lire une version simplifiée par ses soins (FALC) de l’épisode 1 avec la voix de Tantale en rouge et celle de Norbert en bleu et chercher la définition des mots inconnus. A l’heure dite, ils se sont retrouvés pour une lecture polyphonique de l’épisode autour de leur maîtresse. L’un deux a avoué n’avoir pas lu, mais un autre avait fait, avec sa grand-mère, des recherches assez poussées sur le minerai, un autre un dessin avec un objet contenant du tantale.

En parallèle, un groupe décrypte un dossier photos sur les droits des enfants où l’on voit des mineurs au travail, pas seulement à la mine, mais aussi aux champs, à l’usine.

Ceux qui découvraient l’inventaire des jours pouvaient lire l’album  sur le blog ou écouter une version allégée lue par la douce voix d’Anaïs avec le bruit évocateur du tournage des pages. Ils ont listé leurs émotions ressenties pendant la réclusion dans des contextes parfois si difficiles que les portes de l’IME ont dû être ré-ouvertes pour certains. Leur inventaire est en cours de réalisation et d’illustration.

Anaïs sent ses élèves motivés grâce aux outils (Padlet et FALC) auxquels elle a été initiée par la conseillère pédagogique et Canopé-Albi qui avait en février organisé un atelier sur les book-trailers. A la reprise en classe entière, son enseignement s’en trouvera certainement modifié.

Elle espère bien clore son premier voyage-lecture (qu’elle qualifie de super projet) par le vote attendu par ses élèves qui veulent dire quels albums les ont marqués. Pourront-ils un jour partager comme prévu des albums avec des aînés de l’Ehpad voisin ?
VML

Le Getty Muséum de Los Angeles a lancé aux internautes le défi de créer une mise en scène d’un tableau célèbre avec ce dont on dispose chez soi, le temps du confinement.
Exemple à gauche : nature morte de Chardin.

 

Nelly Michel, documentaliste, au collège Roland Dorgelès à Longvic en Côte-d’Or a repris l’idée en proposant aux élèves de faire une installation, sosie ou cousine des illustrations de couverture des albums.

Le jeu est ouvert à tous les voyageurs-lecteurs d’1, 2, 3 albums et leur famille.


Quelle bassine sera aussi chargée que celle portée par Ajdoa ?
Qui réussira à imiter la couverture du voyage de Darwin ?
Quelle sera la plus belle princesse ?
Et pour la potière, qui dit mieux ?
VML

 

 

 

Quand elle était enfant dans son village africain, Adjoa et ses copines jouaient à « Combien tu portes ? » Ça consistait à deviner le poids du fardeau porté sur la tête. (ill. Courgeon-Tiens-toi droite p 8).

Celle qui gagnait, on lui faisait une nouvelle coiffure. Celle qui était le plus loin de la vérité, devait faire la corvée d’eau. Devenue femme, Adjoa continue à porter toutes sortes de choses : objets, nourriture, animaux et même sentiments !

Si elle l’avait croisée, Floriane de Lassée, l’aurait sans doute photographiée avec une pile de bassines d’eau sur la tête.

Pendant un voyage de 14 mois autour du monde, cette femme a photographié des porteurs de vie.

Elle a proposé à des gens de se mettre en scène avec ce qu’ils portaient ou ce avec quoi ils vivaient. Le portrait d’Aru, qui servira de couverture à son livre, est la première image réalisée.

Allez voir les portraits sur le site de son éditeur Filigranes, dans la vidéo qui montre en 2014 l’impression des photos du beau livre How much can you carry ?

Et vous que porteriez-vous sur la tête ?  Les paris sont ouverts, les selfies acceptés. Envoi à 123albums[at]livralire.org.

A l’accueil de jour d’adultes handicapés, j’ai fait à un groupe la lecture intégrale de l’album L’inventaire des jours. Je comptais avancer page à page tranquillement en les aidant à comprendre textes et images. Ils ont réagi très vite, plus que d’habitude, et tous, y compris une personne qui ne s’exprime jamais. Alors, j’ai demandé à chacun de me dire ou d’écrire s’il le pouvait, une phrase commençant par « Il y a des jours où… ». En quelques minutes, c’était fait…  Voilà ce qui est ressorti. 
Delphine Perrier, MFSL-Service Accueil de Jour Hurigny

Il y a des jours où je veux partir de l’endroit où je suis. M’évader loin de là. Être libre comme l’oiseau.

Il y a des jours où j’aime bien aller à l’accueil de jour, parce que je peux parler avec les autres, les éducateurs, faire des activités. Je me sens bien après.

Il y a des jours où je suis fatigué, je ne suis pas très bien et je n’ai pas envie d’aller à l’accueil de jour. Mais je me motive et je me dis vas-y, j’enlève le stress. Parce que je sais que ça me libère après.

Il y a des jours où je suis triste. J’ai peur des changements. Je ne connais pas les nouvelles personnes et je ne sais pas si elles vont être gentilles.

Il y a des jours où j’aimerais m’évader du travail, et aller me promener, voir des spectacles. J’aimerais être tranquille.

Il y a des jours où c’est plus difficile que d’autres, les humeurs, les attitudes changent. D’autres où il y a des rires, des pleurs. Et d’autres où on lit ces quelques lignes, et on se rappelle pourquoi on est là, pourquoi on a choisi ce métier. Et que ces mots, ces petits riens ont toute leur importance.

A chaque saison, il faut trouver une mise en bouche différente des albums. Celle de 2020 s’est imposée de suite avec un objet par livre qu’on ferait deviner au public et les portraits des personnages, qui, tels des marottes, seraient accrochés à leur album.

Le montage ci-dessous donne un aperçu du déroulement. Sur simple demande, les  visiteurs du blog peuvent obtenir le lien vers le film de la scénographie intégrale (25 minutes) avec les textes savoureux empruntés aux auteurs.

Cette lecture-spectacle est jouée depuis janvier 2020 par les animatrices (et animateurs) du voyage-lecture, seules, associées à des collègues ou avec le public, en salle ou sur scène. Dans certains collèges et lycées, ce sont les jeunes d’une classe ou d’un club qui préparent et jouent la scénographie pour les autres. En juin, des lecteurs-voyageurs l’utiliseront pour promouvoir à leur tour les albums auprès d’autres publics : des jeunes à leurs parents, des ainés à des CM2, des apprenants à du public à la bibliothèque, etc. VML