Aux 7 fontaines, à Givry (71), le confinement du printemps ayant chamboulé l’emploi du temps, il allait manquer un mardi pour partager tous les albums et clore le voyage-lecture par le vote. Et si on faisait circuler* le 8e album Je n’ai jamais dit entre les participantes, d’appartement en appartement ?

L’annonce est faite à l’issue de l’atelier du mardi de reprise après le 3e confinement.

Le jeudi qui suit, Gigi, 88 ans, tête de liste, fait la lecture et sa part d’écriture. Elle lit l’album puis rédige une confidence sur une feuille A5 qu’elle met dans une enveloppe. Le lendemain, elle glisse le courrier « nomade » dans la boite à lettres de la deuxième dame notée sur la liste. La chaine est lancée. Les secrets seront partagés avec les CM2 qui voyagent en jumelage lors de l’unique rencontre de l’édition prévue mi-juin.

*Idée facile à adopter en salle de profs, dans une classe, dans un atelier  adulte avec l’avantage de faire entrer l’album dans les  maisons !

Véronique & Marie-Christine

 

Je n’ai jamais dit que j’ai le vertige, que j’ai peur des araignées, que mon rêve est de faire le tour du monde en bateau…

Après la lecture de l’album de Didier Jean & Zad, illustré par Régis Lejonc, les élèves de l’école des Tilleuls et les résidents du foyer Clair Soleil à Mondeville ont dans leurs établissements respectifs (covid oblige !) :
– attribué un nouveau secret à un personnage de l’album
– rédigé anonymement un secret personnel.
Les confidences des jeunes et des ainés seront mélangées. Les voyageurs-lecteurs devront deviner pour chaque secret s’il s’agit de celui d’un adulte ou d’un enfant.

Arnaud Le Goff, Médiathèque de Mondeville (Calvados)

A l’Ehpad de Semur-en-Brionnais (71), vingt résidents ont partagé la lecture, courte et aisée, de Je n’ai jamais dit, en deux groupes de dix, répartis sur deux après-midi.

Tous les participants ont évoqué le thème des secrets, plus ou moins lourds à porter, presque toujours importants. L’échange a été riche. :

  • Il y a forcément des choses que l’on n’a jamais dit, soit par timidité, soit par peur , par honte ou juste parce qu’on n’a pas envie.
  • Moi, je crois que je n’ai pas de secrets. Quand quelque chose me turlupine, je le dis et après c’est fini ! Par contre, quand on me confie des choses, je sais les garder pour moi.
  • Il ne faut jamais trahir un secret. Il y a des choses que l’on garde pour nous, non pas que ça soit grave mais parce que c’est intime.
  • Il y a des bribes de vie qui n’appartiennent qu’à nous et que l’on doit pour cette raison garder pour nous.
  • On n’a pas forcément tous des secrets mais, par contre, tous nous avons des choses que l’on garde pour soi.
  • Parfois, les secrets que l’on nous confie sont trop graves et on ne sait pas quoi en faire.
  • Certains secrets peuvent faire trembler le monde !

Deux résidents nous ont également livré des bribes de vécu en nous révélant qu’ils n’en n’avaient jamais parlé à personne, ce qui a généré beaucoup d’émotions de leur part et aussi de la nôtre. Mais chut !  Comme le dit l’album : « Ne le dit(es) à personne ». Nous ne pouvons que respecter notre engagement !

Murielle Daumur, animatrice, porte-parole des résidents de l’EHPAD de Semur-en-Brionnais (71)

L’équipe de l’Unité Protégé du collège a installé un arbre à secrets (cliquez sur les images) dans le CDI, invitant les élèves à le garnir.
Les jeunes ont apprécié cet espace de libre expression.
Ils savent que cet arbre leur est proposé par les élèves de l’UE et cela est comme un pont entre eux.
Ils ont également bien rempli la boîte qui contient les Je n’ai jamais dit destinés à rester cachés.

Emilie Nallet, professeure documentaliste, Collège de la Plaine de l’Ain, Leyment (01)

Des jeunes albigeois du collège Aristide Bruant nous le rappellent. Comme les rides sur nos visages, les écorces sont les indicateurs du temps qui passe pour les arbres dont certains sont champions de longévité.

En plus du montage collectif ci-dessous de leurs textes lus par leur professeure Virginie Vaysse, chacun a illustré et mis en voix le portrait de son arbre.

Louise et Esther, deux adolescentes juives parisiennes sous l’occupation, sont arrêtées et déportées à six mois d’écart. Si elles revenaient, Louise* récupérerait sa bible et ses livres déposés chez sa prof de latin-grec, Esther témoignerait, à la demande de sa soeur Fanny.

Louise a été gazée sitôt son arrivée à Auschwitz.

Esther a survécu à l’enfer de Birkenau. Elle est la seule rescapée de la rue Ronce dans le quartier de Belleville à Paris. Pendant des années, comme la plupart des survivants de la Shoah, elle se tait (qui croirait l’innommable ?) jusqu’à ce voyage en Pologne pour fêter sa retraite.  A Birkenau, le discours de la guide, très éloigné de ce qu’elle y a vécu, lui est insupportable. Elle explose : «Je vous en prie, arrêtez de dire n’importe quoi ! Moi, j’étais ici durant dix-sept mois ; je crois que je connais un peu mieux que vous ». Et la guide de lui laisser la parole.

A partir de ce jour, Esther a trouvé la force de parler. Elle a témoigné devant des centaines de lycéens. Aujourd’hui elle a 93 ans.

Dans La petite fille du passage Ronce paru chez Grasset fin avril 2021 (177 pages, 18 €), Esther Senot a couché son récit de déportée sur 80 pages : la vie rue de la Ronce, la dispersion de la famille le jour de la rafle du Vel’ d’Hiv, sa fuite en zone libre, son arrestation un an plus tard, la survie au camp, le retour, la dépression. Dans une deuxième partie d’autant de pages, dite « fragments », elle dialogue avec des proches disparus puis déambule dans leur quartier.

Nombre de passages pourraient être partagés à voix haute avec les lecteurs-voyageurs de Si je reviens un jour au risque d’être par moment en apnée comme je le fus moi-même, notamment dans la séquence au camp.

Véronique M Lombard

*Louise Pikovsky dont la vie est racontée dans la BD Si je reviens un jour

On n’est pas en mesure, ce semestre, d’accueillir physiquement des groupes à la bibliothèque de Talant pour lire et échanger. D’accord ! Mais la crise sanitaire n’a pas le dessus ! Les seniors de la ville peuvent continuer à voyager dans les albums.

Primo, ils peuvent venir individuellement, emprunter, lire, parler, écrire. Quand une personne rapporte un album et que je ne suis pas au prêt, on me prévient. Je quitte mon bureau pour avoir un échange avec la lectrice ou le lecteur qui, par ailleurs, a été invité à partager ses impressions de lecture sur une fiche insérée dans l’album.

Exemple ci-joint, lisible d’un clic : Album très beau visuellement, très poétique et émouvant. La musique comme vecteur de mémoire, écrit une lectrice du Barrage qui en évoque deux autres : Sarrans en Aveyron, Naussac en Lozère. (Cliquez sur l’image).

Secundo, on peut échanger par téléphone ou par internet. Possédant les mails des voyageurs aînés, nous les avons invités récemment à un partage de lecture en visio. Six d’entre eux ont joué le jeu, dont la personne chargée de mission en direction des aînés talantais. L’après-midi même, une personne est venue à la bibliothèque nous dire que, si pour des raisons techniques, elle n’avait pu prendre la parole, elle avait tout entendu et avait apprécié ce temps d’échanges sur quatre albums.

Un monsieur, fidèle lecteur des albums, a oralement partagé son intérêt pour les barrages en évoquant trois souvenirs :
– un reportage télé sur un épisode difficile de construction du barrage de Tignes dans la haute vallée de l’Isère. Les 387 habitants menacés d’expulsion tentent d’empêcher le déroulement de travaux en raison d’un manque d’informations sur leur avenir. On fait intervenir des gardes mobiles puis des CRS. Le village a été englouti sous les eaux en 1952.
– une excursion en 2 CV en 1953 sur une route d’accès non goudronnée au chantier du barrage de Roseland, mis en eau 7 années plus tard. Après l’épisode de Tignes, les habitants de la vallée ne s’opposent pas aux travaux mais négocient des indemnités auprès d’EDF. Une nouvelle chapelle est construite à proximité du site.

– la découverte, en 1980, lors d’un circuit automobile dans les Hautes-Alpes dans une voiture plus performante que la première 2CV, du barrage de Serre-Ponçon, construit de 1957 à 1959 sur la Durance, avec une technique innovante de superposition de couches de terre (l’enrochement trop profond ne permettant pas une construction en béton), la disparition de 2 villages -Savines et Ubaye- et le déplacement de 1000 personnes. Une construction qui présentait quatre intérêt : régulation du cours de la Durance, production d’énergie électrique, irrigation des cultures et activité de loisirs nautiques sur le lac et ses berges.

Sylvie Guyot, bibliothécaire, Talant (21)