Au collège de Seurre (Côte-d’Or), nous avons, un professeur de lettres et moi, embarqué deux classes de 5e. Sur des heures de français, j’ai accueilli successivement une première, puis une deuxième moitié de chaque classe au CDI. Pendant six séances, j’ai fait déguster plusieurs lectures épicées.

Une fois les albums lus en groupe et individuellement, j’ai demandé aux élèves de créer un acrostiche sur l’histoire de leur choix avec la première lettrine inspirée de celles de Christine de Pizan. Ils ont réussi à trouver le mot principal, mais j’avoue que le projet d’écriture était ambitieux. Il m’a fallu les aider pour éviter des répétitions et ruser pour quelques lettres difficiles à compléter.

Résultat : tous les albums ont inspiré au moins un acrostiche. L’ensemble sera partagé oralement en accompagnement des titres avant le vote puis exposé au CDI.

Exemple ci-contre : Féministe pour Christine de Pizan

Fabienne Bourjon, professeur-documentaliste

Les élèves de la classe de 6eB du collège Louise de Savoie à Pont d’Ain (01) ont découvert la vie d’une femme en avance sur son temps, Christine de Pizan, selon le protocole suivant :
1/ Lecture collective au CDI sur une heure de lecture « offerte ».
2/ Eclaircissement du texte et des termes inconnus des élèves.
3/ Lecture à voix haute par les élèves de passages avec recherche d’adjectifs pour qualifier sa personne, sa personnalité, son oeuvre, son parcours et remplir un tableau abécédaire.
4/ Projection d’un documentaire sur la fabrication d’un livre au Moyen-Age.
5/ Observation des enluminures et lettrines.
6/ Illustration de l’abécédaire par les élèves devenus copistes avec enthousiasme !

Magali Barraillé, professeure documentaliste

Nouvelles du voyage 2022 à l’Ehpad Bouthier de Rochefort (Semur- en-Brionnais – 71).

Après la présentation sur deux séances du prélude, simple et efficace, les résidents, encore « sectorisés » par la crise sanitaire, mais réunis en nombre pour le début du voyage tant attendu, ont spontanément porté leur intérêt sur Catherine de Pizan et Héros ordinaires.

 

 

 

 

 

 

 

Grâce à Catherine de Pizan, on parle du droit de vote, du droit à l’avortement et de l’évolution de la condition féminine au fil du temps : Avant les femmes se mariaient sans leur consentement et c’était au petit bonheur la chance. La condition féminine était bien difficile, la femme devait obéir à l’homme. On n’avait pas le droit de conduire même pas de passer notre permis. On parle également du peu de droits dont disposent encore bien des femmes dans certains pays.

Les résidents s’expriment moins sur L’ombre du loup qu’ils trouvent destiné à la jeunesse, même si ça fait remonter des souvenirs de contes.

Avec Ashoka, on parle de l’Inde et notamment des intouchables, cette minorité qui vit dans la pauvreté et dans la misère la plus totale, rejetée de tous et dévalorisée dès la naissance. On parle également de la mort dans différentes traditions.

Avec La forêt des frères, les résidents parlent d’écologie et comparent la réussite des deux frères : La forêt est le poumon de notre Terre, l’oxygène pour vivre ! Pour moi celui qui construit est le plus malin.

Avec Le meilleur, on parle des enfants qui sont parfois mis à part dans une fratrie ou dans une famille. On fait référence au Vilain petit canard ou encore à Poil de carotte. J’ai déjà connu une famille nombreuse où un des enfants était défavorisé parce qu’il était moins doué que les autres à l’école. Les résidents sont unanimes pour dire qu’il ne faut jamais pousser ni forcer un enfant : il faut juste les pousser à ne pas se moquer des autres.

Les petites nouvelles de la Révolution sont lues en fin de matinée une ou deux fois par semaine. Les résidents apprécient et se livrent à des commentaires. Ils ont inventé une récitation sur le modèle de celle de l’enfant britannique qui, dans la première nouvelle, se moque de la table des 9 :

Cinq fois un, mercredi matin
Cinq fois deux, on réfléchit un peu
Cinq fois trois, un poème pour toi
Cinq fois quatre, voilà qu’on embarque
Cinq fois cinq, à 11 h25
Cinq fois six, les livres réunissent
Cinq fois sept, nous tous on concède
Cinq fois huit, ils sont magnifiques
Cinq fois neuf, chaque fois ils nous bluffent
Cinq fois dix, et créent la surprise

Murielle Daumur, animatrice

 

La lecture de Christine de Pizan n’est pas facile pour des 6e, même avec les lettrines utilisées pour la version épicée.  Des mots et des tournures de phrase leur échappent. Et pourtant, disent-ils, le portrait de la noble dame les saisit. C’est une femme courageuse. Elle est capable d’élever ses enfants seule, de ne pas se remarier comme le veut l’époque, de gagner sa vie, d’avoir une activité d’écriture réservée aux hommes, de défendre le droit des femmes.

Autour d’elle, les adultes invités ont proposé une galerie de femmes, vivantes pour la plupart, qu’ils trouvent remarquables. Elles se sont frayé un chemin dans la vie, ont surmonté des difficultés liées à leur milieu, leur époque ou la condition féminine, ont tenu leurs objectifs.

Deux actrices : Adèle Haenel et Muriel Robin.
Deux auteures : Colette.  Marguerite Yourcenar sur laquelle leur professeur de lettres avait rédigé un mémoire. Grâce à une citation d’elle, il avait obtenu un poste de coopérant à Madagascar.
Une ancienne ministre :  Simone Veil
Une grand reporter et écrivaine : Mémona Hintermman. (écouter sa rencontre à la prison des femmes de Rennes).
Une médecin–réanimateur à Paris, membre du conseil scientifique : Lila Bouadma
Une chorégraphe et danseuse de hip-hop : Bintou Dembéle 
Une chef d’orchestre : Nathalie Stutzmann

A côté de ces femmes célèbres ou connues du public via les médias, il y a toutes les femmes retraitées à qui Irène a rendu hommage et dont Emili, 6 ans, a dessiné un visage : « Je veux mettre à l’honneur toutes ces femmes de plus de 60 ans qui n’étant plus salariées du monde productif, sont invisibles. Et pourtant leurs rôles sont multiples. Parfois veuves ou accompagnantes d’un conjoint malade, elles contribuent à de nombreuses tâches. Elles aident leurs enfants qui, en couple et travaillant à deux, les sollicitent beaucoup. Garder leurs petits enfants, c’est du bonheur et de la fatigue surtout qu’elles ont aussi souvent leurs propres parents à seconder. Pour moi, ces femmes généreuses et courageuses sont admirables ».

P. S : Le principal du collège, après lecture de cet écho, présentera une femme remarquable de son choix au prochain atelier lecture.

VML

 

C’est par une maman d’élève de l’école, qui nous a même offert un pack de livres, que j’ai connu 1.2.3 albums à l’automne 2021. J’ai embarqué ma classe hétérogène de CM2 et j’avoue que je suis très contente. Les élèves sont très motivés par la découverte des albums sur chacun desquels j’ai dégagé un angle de lecture et d’activités propres à développer l’ouverture culturelle et l’échange autour du livre.

J’ai également proposé au professeur de lettres du collège voisin, Joseph Fabre, de s’associer au voyage-lecture dans le cadre de notre coutumière liaison CM2-6e.

Nous avons choisi Ashoka et la flamme sacrée comme lecture commune et support d’une théâtralisation, en  adoptant le canevas suivant :

1/ Lecture. Découverte progressive de l’album dans nos classes respectives : avancée pas à pas dans l’histoire imaginée par les élèves à partir des illustrations puis, à chaque page, dévoilée avec le texte de l’auteur et la lecture de l’enseignante.

2/ Sélection de 10 passages.

3/ Ecriture. En mars, les 6e ont accueilli les CM2 au collège à deux reprises. Des petits groupes ont été constitués pour un atelier d’écriture en deux temps : la conversion de l’extrait  narratif en texte dialogué puis, avec notre aide, l’adaptation en écriture théâtrale. Les textes produits ont fait l’objet d’une relecture critique entre les groupes en proposant quelques conseils de correction.

4/ Mise en voix. Au retour des vacances de printemps, nous travaillerons l’oralité et nous réfléchirons à la mise en scène. Décors, accessoires, rôle de chacun feront l’objet d’une réflexion commune.

5/ Jeu théâtral. Les différentes séquences de l’histoire seront jouées plusieurs fois à l’école, au collège et, nous l’espérons, à la bibliothèque municipale.

Krystel TEIL, Ecole Paul RAMADIER, 12000 RODEZ

Une demi-classe de 6e et trois seniors chalonnais sont en demi-cercle au CDI pour goûter deux histoires de Petites nouvelles de la révolution.
Celle qui se déroule à la cantine russe surprend les jeunes qui avaient fait d’autres hypothèses en observant l’illustration de couverture. Elle fait rire le groupe.
La deuxième raconte le rêve de vacances de Sofi et de son frère Oukiok dont le cadre de vie au Groenland fait de neige et lichens est monotone. S’ils pouvaient voir des arbres et avoir chaud !

Est-ce d’abord le dépaysement que l’on cherche quand on part en vacances ? Si oui, pas la peine d’aller très loin pour nous qui vivons dans un pays aux multiples décors. Les vacances sont-elles toujours familiales ?

Les seniors témoignent :
– La notion de vacances n’existait même pas, dit Irène. En plus nous étions cinq enfants et n’avions qu’une 2CV Citroën : impossible de se déplacer tous ensemble. A neuf ans je suis partie en colonie à Cruzille (près de Mâcon), autant dire le bout du monde pour moi.
– La famille de mon père était polonaise, raconte Guy. A dix ans et pour la première fois, nous sommes partis l’été voir notre famille : trois jours de train jusqu’en Pologne.
– Moi, dit Claudine, j’allais un peu en Picardie voir la famille et, plus grande, j’allais aussi en colo.

Les jeunes leur font ensuite écho :
– Moi aussi, j’ai découvert un été ma famille en Macédoine.
– Je suis allée en colo et me souviens avoir pleuré le premier jour.
– Le seul moment où je vois mon père, absent de la maison à cause de son travail, ce sont les vacances. Il nous emmène en Afrique du nord d’où il est originaire mais pas seulement. On a visité une dizaine de pays.

Toutes les destinations sont visualisées sur le planisphère posé au tableau.

Et le professeur de conclure : « En une heure, nous avons fait un grand voyage. Nos âges sont différents et pourtant nous avons des vécus communs. D’ailleurs en vous écoutant, je réalise que moi non plus je ne sais pas ce que c’est que des vacances en famille : c’était la pleine saison de travail pour mon père. On ne partait jamais ».

VML

Le démarrage de notre premier voyage  avec des scolaires et des seniors a été chaotique à cause du Covid. Mais nos débuts sont prometteurs notamment à la résidence « Ages & Vie » de Saint Léger-sur-Dheune.

Les ainés ont colorié avec application et intérêt les lettrines en amont de la lecture épicée de Christine de Pizan.

 

Une vieille dame qui ne marche plus et n’entend pas bien a installé dans sa chambre, sur un lutrin, l’album Petites nouvelles de la révolution . Chaque jour, elle lit une des nouvelles à voix haute : une façon de travailler sa voix et de prendre plaisir à lire. 

Gisèle Empatz, bibliothèque Saint Léger-sur-Dheune (71)

P.S : Commentaire d’Emmanuelle Beulque, responsable éditoriale chez Sarbacane, à propos de la vieille dame qui se lit les Petits nouvelles de la révolution : Mais quel bonheur de lire ça !