A Loudéac, en Bretagne centre, Servane Rivoal, bibliothécaire s’est emparée d’1.2.3 albums pour les publics que la profession qualifie d’empêchés et qui sont surtout des oubliés de la culture. Quand le livre vient concrètement à eux, les barrières physiques, psychiques et psychologiques tombent.

La présentation des albums a été faite dans quatre lieux différents en présence d’adultes qui ont des projets pour enrichir la lecture de leur public.

  • Au collège des Livaudières avec une classe IME et un groupe ULIS devant une équipe pédagogique, pour qui la forme prélude a été plus efficace que la scénographie de l’an passé. Une élève, non lectrice, a tenu à emprunter un album. Un autre a remercié pour cette heure magique.
  • Au lycée Xavier Grall avec des élèves de CAP SAPAT (service d’aide à la personne et au territoire) qui, dans le cadre de leur formation, joueront des lectures « épicées » dans leur lycée et à l’Ehpad voisin.
  • A la Maison familiale rurale avec des jeunes de 4e où les enseignantes ont vu sitôt le lien à faire entre Le facteur Cheval de la Drôme (Héros ordinaires) et le Poète Ferrailleur de Lizio à 40 kms.
  • A l’Arbre de vie (Groupe d’Entraide Mutuelle) où les adultes participants ont manifesté leur enthousiasme et attendent avec impatience les lectures épicées qui seront animées par la bibliothécaire et l’animatrice.

VML

Il existe de par le monde des micro-sociétés où le pouvoir est partagé de façon plus équilibré. Les femmes, par exemple, choisissent leurs maris, gèrent l’argent, règnent sur le monde spirituel, se défendent en groupe des violences conjugales. C’est par elles que se transmet l’héritage ou que s’organise le travail.

Nadia Ferroukhi, après dix ans à leur contact, partage des photographies prises dans dix de ces communautés : Les Ouessantines en France, Les Moso en Chine, les Navajos aux USA, les Turkana au Kenya, les Zapothèques au Mexique, etc.

Ses clichés de haute qualité sont introduits par des anthropologues et enrichis de textes explicatifs intéressants mais si discrets (c’est un livre d’art !) qu’il faudra que les personnes à vue faible ou fatiguée se les fassent lire !

Un livre coûteux (35 €) mais précieux. Un voyage immobile pour les femmes, autant que pour les hommes, qui, d’après les Bijagos de Guinée-Bissau « naissant incomplets, ont besoin d’apprendre à respecter les femmes et à créer des liens avec la nature » (page 96).

 

La reportrice-photographe, auteure des Matriarches paru chez Albin Michel en 2021, était l’invitée de Daniel Fiévet dans le Temps d’un bivouac (France Inter, 20 novembre 2021)

Au Vill’âge bleu de Talant (21), nous avons démarré notre 3e voyage-lecture par la découverte des couvertures sans titre. Nous nous sommes concentrées sur Pas l’ombre d’un loup, Le Meilleur, Héros ordinaires et Christine de Pizan. Cela s’est fait en partenariat avec le collège et les écoles de Talant qui ont fait la même chose. Nous avons ensuite partagé les réflexions de chacun sur un padlet. J’ai imprimé les retours des élèves et les ai glissés dans les albums.

Cette entrée en matière a été très intéressante. La plupart des participants sont repartis avec un album à lire. L’un d’entre eux, qui est venu à l’animation un peu par hasard, souffre de DMLA a un stade avancé et a de grandes difficultés à lire. Il était toutefois très intéressé par les Héros ordinaires et notamment le Facteur Cheval. Sa voisine lui propose donc de lui lire cette histoire. Finalement, elle sera allée chez lui le samedi suivant et aura lu tout le livre et même les suivants qui circulent.

C’est la première fois que, pour ma part, j’utilise les lectures épicées. Nous avons commencé par Le Meilleur. S’en sont suivis de riches échanges, sur les enfants, l’école et la réussite. Au programme du 8 mars, journée de la femme, la lecture épicée de Christine de Pizan.

Elodie RIGNAULT, accompagnatrice à la vie sociale

Le lancement d’1.2.3 albums avec un groupe de 15 élèves de 6e s’est fait en deux séances par la découverte des couvertures des albums.

Lire les couvertures muettes
Les élèves décrivent une à une, les couvertures sans titre, au gré de leur projection au tableau. Les échanges sont nourris. Des élèves, pour le moins discrets en classe entière, se manifestent spontanément, et interviennent même à plusieurs reprises et finement. Cette découverte permet des prises de parole plus développées : les élèves ne font pas que répondre. On les entend parler, s’exprimer. C’est précieux.

Petites nouvelles de la révolution laisse perplexe : cet enfant qui mange, les couverts, les frites, en bas à gauche, qu’on prend d’abord pour des haricots… Qu’en déduire ? A l’opposé, en haut, l’étoile évoque, elle, un drapeau… Le moment de la lecture de l’album venu, on rappellera cette remarque !
Ashoka et la flamme sacrée est immédiatement associée aux Contes des mille-et-une nuits et le petit personnage rappelle très vite aussi Mowgli, le héros du Livre de la jungle. Tout comme Pas l’ombre d’un loup, On nous appelait les mouches est suffisamment évocatrice pour qu’on s’y attarde : ce sont des enfants qui ont dû marcher longtemps dans un désert hostile : tout n’est que sable et rochers, lit asséché d’une rivière. Les personnages portent des lunettes pour les protéger sans doute de la chaleur excessive, tout comme leurs chapeaux et turbans.
Christine de Pizan la clairvoyante représente très certainement une princesse, tandis que six personnages sont repérés au dos de Héros ordinaires, dont un chien…

Associer un titre
La liste des titres est ensuite proposée. Chacun dans un tableau récapitulatif associe à chaque couverture le titre qui lui revient. La compétition est lancée : c’est à celle ou celui qui, avant tous les autres, saura opérer les associations opportunes. A ce petit jeu, c’est le titre On nous appelait les mouches qui résiste le plus.

Justifier son choix
Titres et couvertures associés, on justifie les choix.

Imaginer l’histoire
On formule aussi des hypothèses sur le contenu de chacun des albums. Et si Petites nouvelles de la révolution, par exemple, racontait la « révolution » du petit garçon à qui, jusqu’alors, ses parents donnaient à manger et qui, désormais, va pouvoir se nourrir seul à l’aide des couverts dont il a appris, entre temps, à se servir ? On comprend par là que les élèves se font une jolie idée de la révolution, gage de liberté, d’indépendance.

Dire ses préférences
Pour conclure, chacun est invité à préciser quelle est sa couverture préférée puis quelles sont les trois lectures qu’il ou elle a hâte de faire. Pour ce qui est de la couverture préférée, 4 élèves ne se prononcent pas, 4 choisissent Ashoka ou la flamme sacrée. Les autres couvertures reçoivent entre 1 et 2 suffrages chacune ; seule Christine de Pizan la clairvoyante est, pour l’heure, délaissée. De manière prévisible, pour ce qui est des lectures attendues avec impatience, ce sont les récits qui sont privilégiés : Ashoka et la flamme sacrée, On nous appelait les mouches…

Feuilleter les albums
Comme il reste un peu de temps, on commence à feuilleter les albums. Le Meilleur est assez court pour que deux élèves aient le temps d’en faire la lecture et se rendent compte que leur hypothèse est invalidée par le récit tout juste découvert. Là où on imaginait l’histoire d’un athlète, d’un champion sportif, c’est l’inverse qui nous est raconté !

Lire ensemble
Les lectures accompagnées (épicées) qui suivront jusqu’en juin, dont certaines partagées avec des seniors, permettront un approfondissement indispensable si on souhaite que 1.2.3 albums soit un temps de lecture à part entière.

Emmanuel DELORME, professeur de lettres (Collège Camille Chevalier – Chalon / Saône)

Echo 1 : coopération prometteuse
A la bibliothèque d’Evette-Salbert (Territoire de Belfort), notre petite équipe d’animation, composées de quatre bénévoles, a lancé 1.2.3 albums auprès des élèves de CM1-CM2 de l’école du village. Les mots nous manquent pour décrire l’enthousiasme des enfants et de leur enseignante face au prélude. Notre premier objectif est atteint : « On leur a donné l’envie de lire les albums ».

Nous leur offrirons deux lectures épicées. Ensuite, par petits groupes et avec notre aide, les enfants prépareront leur propre lecture épicée, selon l’album choisi. Ils les présenteront à leurs camarades de classe, puis d’école et si la situation le permet, aux lecteurs de la bibliothèque et au club des aînés.

Echo 2 : navigation à vue
Dans notre village de Saône-et-Loire, depuis des années, nous animons 1.2.3 albums avec les CM, habitués des voyage-lecture thématiques que nous organisons pour les plus jeunes. Leur enseignante s’inscrit au voyage-lecture sans s’y investir beaucoup. Et pourtant chaque saison, nous y croyons. L’an dernier elle n‘avait pas distribué aux élèves les invitations au lancement ni accompagné la lecture. Cette année, en arrivant à la bibliothèque pour installer le prélude et recevoir la classe à l’heure fixée, on a trouvé dans le chambranle de la porte un petit mot  griffonné au crayon de papier annonçant que la classe était partie se promener au château !

Une nouvelle édition du guide 1.2.3 albums est à la disposition des personnes inscrites au voyage-lecture, avec les autres documents, sur le drive.

Construit sur l’expérience des unes et des autres, ce vade-mecum de 36 pages aidera les nouvelles animatrices d’1.2.3 albums à optimiser leur participation et à vivifier leur voyage-lecture à chacune de ses étapes.

Quant aux participantes aguerries, elles pourront se contenter de consulter les deux nouvelles sections sur le prélude et les prolongements. Mais le reste du guide – sans oublier le blog – reste à leur disposition si elles sont confrontées à des situations nouvelles au cours de la nouvelle saison.
VML

Aux nouvelles voyageuses qui n’ont jamais utilisé de pupitre.

Les pupitres sur pied ou chevalets de table sont des supports indispensables pour qui veut faire la lecture à voix haute d’un texte illustré à un groupe.
Le lecteur s’installe derrière le chevalet avec le texte détouré. Il a les deux mains libres pour tourner les pages de l’album ou poser des illustrations correspondant à sa lecture.

 

 

 

 

 

 

 
Plusieurs options possibles :
– récupérer ou acheter deux pupitres à musique à fond plein (à partir de 35 euros) que l’on installe dos à dos, en prenant soin d’avoir la face du côté du public en bon état : la recouvrir si besoin par de la carte ou du canson noir.
– fabriquer un chevalet de table (A3) en carton à partir de plaques neuves ou récupérées. Prévoir un support sur lequel le déposer afin qu’il ne glisse pas : un tissu de coton, une plaque de carton ondulé.
– construire un chevalet en bois recto-verso.
– acheter tout simplement un carton à dessin (45 x 32) qui, retourné sur sa face unie, fera un très bon chevalet de table avec pliure souple. On peut prévoir un fond amovible noir ou d’une autre couleur. C’est tout prêt et ça ne coûte que 10 euros.