Sans surprise, le taux de participation au vote pour ses 1, 2, ou 3 albums préférés est très faible, l’élan de lecture ayant été brisé ou freiné par le corona. Seulement 42 établissements sur 400 ont envoyé des résultats, souvent partiels. En conséquence, on ne peut que donner une tendance.

Adjoa, la maitresse femme de Tiens-toi droite, arrive nettement en tête. Elle est  suivie par un trio de personnages entreprenants : Tantale, la princesse au don perdu et Darwin.

La lecture du Voyage de Darwin et de Moi, c’est Tantale, appréciée autant des jeunes que des ainés, est exigeante. Cela nous conforte dans nos choix.  Ne soyons pas frileux. Le public jeune et adulte, même en difficulté, mérite des livres forts, voire difficiles, qu’on ne comprend pas forcément du premier coup, dont on ne saisit pas tout, mais qui embarquent, questionnent, ouvrent au monde, touchent, font rêver, évoquent des souvenirs. C’est par la lecture de ces histoires, qui demande à être accompagnée, que se nourrissent les échanges et se forgent des opinions.

Longue vie, sous les formes les plus variées, aux huit albums de la 14e édition d’1, 2, 3 albums !

VML

Cet été …
Dans les résidences et les centres d’accueil où les règles seront assouplies, reprendre les lectures.

En bibliothèque, donner une chance aux albums de sortir et de surprendre des lecteurs adultes  :

Insérer un album dans une pochette surprise 

Associer un album à un autre livre (fiction, BD, documentaire) en recherchant une parenté d’auteur, de thème, de cadre, de genre. Prêter le duo.
Exemples (adulte):
Le voyage de Darwin + un récit d’exploration ou un carnet de voyage
Philémon et Baucis avec le film Amour
La femme du potier + un livre d’art sur la poterie
Un jour particulier + un roman du terroir
La princesse au don perdu + un conte de sagesse

Dans les établissements scolaires :
Prêter le temps des vacances le pack d’albums de cette année (ou d’autres) à des collègues, à l’animatrice de l’Ehpad voisin, à un enseignant d’IME

A la rentrée
– Au centre social, au collège, reprendre le voyage là où on s’était arrêté, en attendant le prochain…
– Pour des CM2 ou des  collégiens jamais encore embarqués, préfigurer  l’édition 15 – janvier à juin 2021- en lisant quelques albums des éditions précédentes.

VML

Journal de bord d’une enseignante de CM2 où l’on apprend que l’initiative peut venir de l’école, qu’une communauté de projet peut se construire rapidement quand il est présenté, soutenu et accompagné, que les élèves sont motivés quand ils sont acteurs.

Septembre 2019
A la rentrée, je prends contact avec l’association Livralire et présente le projet à plusieurs partenaires potentiels :  Ehpad, autre école, collège du secteur, bibliothèque voisine. Cyril Lejeune, l’animateur de l’Ehpad de Saint-Ambreuil et Claire Chapuis, collègue enseignante en classe de CM2 à Gigny-sur-Saône sont partants. Au collège, il y a d’autres projets et la bibliothèque n’a plus de budget. A la fin du mois, Véronique Lombard (Livralire) accepte de venir nous rencontrer à l’Ehpad. Elle nous communique son enthousiasme. Le projet se précise.

Novembre 2019
Claire Chapuis et moi-même obtenons le soutien de notre inspectrice. Nous sommes remplacées et pouvons aller au lancement de la saison à Mâcon. Quel bonheur de découvrir les albums, de rencontrer des participants aguerris et d’autres, néophytes, comme nous, fébriles à l’idée d’entrer dans cette aventure !

Décembre 2019
Nous préparons la scénographie, avec l’aide de Ghislaine Vessiller, nouvellement retraitée du collège de Tournus, bien rodée à l’aventure 1, 2, 3 albums et de fort bon conseil. Le 12 décembre, lors d’une rencontre de correspondance entre nos deux classes, nous nous lançons officiellement dans l’aventure en jouant la scénographie à nos élèves. Un peu le trac, quelques détails encore à roder. Le plaisir est au rendez-vous et partagé par les élèves, qui ont hâte de découvrir la suite.

Janvier 2020
Au tour des élèves de ma classe de préparer la scénographie. On répartit les albums et les textes correspondants. Les « je n’y arriverai jamais » et « je n’oserai pas » sont vite remplacés par le plaisir de jouer devant les camarades et l’impatience de montrer tout cela aux résidents de l’Ehpad et aux parents !
Bonne nouvelle : la bibliothèque de Laives peut acheter un pack d’albums qui circulera dans le RPI. Nouveaux lecteurs en perspective.

Février 2020
Le 18 février, première représentation à l’Ehpad. Exercice difficile dont les élèves se sont remarquablement sortis sauf que nous étions loin d’imaginer que les rencontres avec les résidents s’arrêteraient là.

Le 20 février, grand moment pour les élèves : lecture-spectacle à la salle polyvalente de Saint-Ambreuil devant l’ensemble des familles, les bénévoles de la bibliothèque de Laives, la maîtresse de Gigny et le maire et d’autres habitants de Saint-Ambreuil. C’est une belle représentation que nous donnent les élèves très investis qui ont travaillé très sérieusement pour être à nouveau à la hauteur. L’association de parents d’élèves clôture la soirée par un verre de l’amitié, ce qui permet à chaque élève d’être reconnu à sa juste valeur.

Mars-Avril 2020
Pause forcée : comment mobiliser les enfants sans avoir accès au livre ?

Mai-Juin 2020
Retour en classe par petits groupes. L’aventure 1, 2, 3 albums permet de retrouver rapidement l’esprit collectif de la classe en mobilisant les élèves autour d’une échéance : vite, il faudra avoir lu tous les albums pour mi-juin, si l’on veut pouvoir participer au vote.
Lectures offertes, prêts des albums (dans le respect du protocole sanitaire…), utilisation à la maison du magnifique padlet créé et partagé sur le blog par une documentaliste du collège de  Leyment (Ain). Nous savourons le plaisir de nous retrouver autour d’un projet commun, à l’école ou à distance.

Vote à bulletin secret. Avec grand sérieux, les élèves réfléchissent, hésitent et choisissent. Au dépouillement, quel plaisir, pour les élèves, de voir son album préféré récolter de nombreux suffrages. Une fois les résultats affichés, chacun peut expliquer ce qui lui a plu, ce qui l’a touché dans tel ou tel album et pourquoi c’est celui-ci et pas un autre ! On est étonné par les goûts de l’un, surpris par l’extrême sensibilité de l’autre comme Aaron qui, comme on échangeait sur La princesse au don perdu, interroge ses camarades : « Qu’ont les pauvres que les riches n’ont pas ? »*

Ce premier voyage-lecture pour l’école de Saint-Ambreuil est fini. Les albums restent dans la bibliothèque de l’école. Nul doute que les élèves de CM2 de l’année prochaine sauront les apprécier. Vivement 2021 pour recommencer !

Stéphanie CHABRIDON, enseignante chargée d’école à Saint-Ambreuil (71)

* réponse à la devinette  : RIEN

 

 

 

 

Le confinement n’a pas brisé notre engagement dans 1, 2, 3 albums. Il en a modifié le rythme et la forme. Impossible de tenir l’agenda du voyage mais nous continuerons les lectures cet été. En effet, le temps si long pour les résidents est paradoxalement devenu si court pour le personnel. Et nous avons dû adopter les couloirs comme scènes de vie commune :  loto avec micros, jeux collectifs, lectures du journal et d’albums. Les résidents à leur porte, les animatrices au centre. La distanciation physique n’a pas empêché les échanges.

Philémon et Baucis ont eu la chance d’être présentés en grand groupe avant l’enfermement individuel.
Leur histoire d’amour a fait l’unanimité et réveillé des souvenirs :
Autrefois beaucoup de miséreux passaient. On leur donnait du pain. Ils étaient souvent courbés par de gros sacs en toile qu’ils portaient sur le dos. On les appelait les rondins ou les plots, ou encore les gredots. Ils dormaient souvent à l’écurie, dans le foin. On leur demandait de nous donner leur briquet avant de leur accorder de passer la nuit, afin d’éviter les feux. Bien sûr on le  leur rendait le lendemain. Proposer le gîte et le couvert était monnaie courante et il y avait une grande solidarité. Parfois les vagabonds nous faisaient peur car nous étions enfants.

A la proposition de formuler un vœu à la suite de celui du couple mythique de ne pas être séparés par la mort, les ainés ont dit :  Revoir ma maison, garder la santé, trouver un compagnon à mon goût, faire un long voyage.

Murielle Daumur et son équipe d’animation, Ehpad Bouthier de Rochefort,  Semur-en-Brionnais (71)  

Illustration de Chloé Almeras extraite de l’album Philémon et Baucis, page 11.

Dans notre établissement, trois albums ont été partagés en petits groupes depuis le déconfinement.
Des lectures suivies d’échanges qui développent des liens entre les résidents et apportent un bonheur certain.
La femme du potier nous a amené naturellement à parler des droits des femmes.
Un jour particulier, des glaneuses et de Millet.
Tiens toi-droite a remporté l’adhésion de tous. Cet album a fait remonter des souvenirs, notamment celles de femmes immigrées, ouvrières dans les usines textiles à côté de Chauffailles, qu’on voyait passer avec une bouteille de gaz sur la tête. Sans compter que cette injonction, les ainés l’entendent aujourd’hui, du fait qu’ils ont tendance à se voûter.

Christelle Gaillard, animatrice à l’Ehpad de Chauffailles (71)

Depuis que je suis revenue au collège, pas un jour ne passe sans que j’aille lire un album ou deux dans une classe.

Les collègues qui ont pu continuer le voyage-lecture sont plus motivées que jamais. Deux professeurs de français ont lancé des créations de petites planches de BD avec book creator. Le professeur d’arts plastiques a proposé de réaliser des masques tribaux pour figurer des journées de confinement. La classe ULLIS écrit son inventaire des jours. Avec ces groupes-là, on va organiser le vote.

Les enseignants qui ont dû arrêter sont dépités.

Pourvu que tout se déroule normalement l’an prochain !

Emilie Nallet, documentaliste au collège de Leyment (01)

Chaque année, un vote marque la fin du voyage-lecture.
Pas un prix, ni un concours.  Juste l’occasion d’exprimer ses préférences (1, 2 ou 3 albums) et souvent de retrouver des complices, de même génération ou non, avec qui on avait embarqué puis partagé deux ou trois lectures.

Ce trimestre, tout a été chamboulé. Les albums ne pouvaient plus être empruntés. Chacun était bloqué chez soi ou dans sa chambre. Grâce au numérique et avec l’aval des éditeurs, les histoires ont pu malgré tout circuler sous des formes différentes, écrites, visuelles ou orales, avec parfois un accompagnement pédagogique inventif.

Dans tel cas, certaines animatrices de voyage-lecture ont décidé d’organiser le vote par correspondance. D’autres comptent bien le faire, mais in situ d’ici la fin juin après que les jeunes auront réintégré l’IME ou leur classe (comme en Suisse).

Plusieurs nous ont dit envisager un vote beaucoup plus tard, après que la lecture individuelle et collective ait repris avec l’assouplissement des consignes sanitaires et, espérons-le, la réouverture des collèges pour tous les élèves à l’automne.

Chacun est juge de ce qu’il est possible de faire avec ses voyageurs.
VML

P.S : Le modèle de l’affiche de résultat est disponible sur simple demande par mail.