Lundi 28 mars à Dijon.
Au second étage d’un bâtiment du centre Champmaillot, point de linge ni de vaisselle sur le chariot.  Des images, des objets qu’ont déposés les invitées du jour, 15 jeunes filles qui préparent un BEP sanitaire et social aux Lycée des Arcades. Une dizaine de résidents sont installés en ligne.

Les  lycéennes présentent trois albums de la sélection : Les deux soldats, Mama Sambona, Le vieux qui avait un grain dans la tête.  Elles sont en difficulté car le public ne les comprend pas. La passeuse d’histoires que je suis bout en silence. On ne les entend pas, les images sont illisibles de loin. Pourquoi n’ont-elles pas repris la trame commune dont l’audition est facilitée par les portraits grand format des héros ! On ne peut laisser des jeunes seules pour créer ! Il faut les accompagner ! Je le dirai délicatement à leur professeur courageuse car très solitaire pour mener le projet.

Marie-Thérèse, notre hôtesse, responsable d’animation, rebondit et lance un échange sur Le vieux. Elle évoque la notion de différence qui transparait pour elle dans cet album.  Les jeunes filles avouent souffrir au lycée de l’importance accordée à l’apparence.  Moi, je parle du talent caché que chacun a (Le vieil homme de la cabane, c’est la création d’instruments).   Mon voisin de 84 ans raconte alors qu’il dessinait des voitures. Un autre, instituteur, piètre (dixit) remplaçant pendant la guerre, dit qu’il avait conduit brillamment ses élèves au certificat d’études.

On partage un verre et un biscuit. Les  jeunes se rapprochent des aînés. Des petits cercles se forment. Une jeune fille s’accroupit et donne la « becquée » tendrement à une vieille dame qui a le bras cassé. Une autre a dès le début établi le contact avec les résidents (quel talent !). Deux heures se sont écoulées depuis mon arrivée (heureusement que je suis restée). On a vécu l’histoire du vieux qui avait un grain dans la tête en direct : prendre le temps pour pouvoir dépasser l’apparence. L’animation était moyenne, la rencontre chaleureuse. Le démarrage difficile, le rapprochement merveilleux. Bravo les filles !  Les prochaines rencontres sont pleines de promesses !

Jeudi 1er avril : vrai de vrai !  Marie-Thérèse a confié trois albums à un résident qui n’avait pas souhaité se joindre au groupe.  Il les emportera samedi chez sa fille pour un « dégustalivres » familial et se charge de les partager avec voisins de chambre et personnel soignant pendant le week-end de Pâques ! 
Véronique-Marie Lombard (Livralire)