Saint-Marcel (Saône-et-Loire).
Les jours où des jeunes de 14 ans et des dames de 90 ans s’échangent de vraies lettres.

Janvier 2020. Les 4e du collège sont sortis heureux de l’après-midi de lancement  du voyage-lecture à la maison des Amandiers. Ils ont écrit une lettre de remerciement aux résidentes de l’Ehpad.

Mars. Confinement oblige, la 2e rencontre intergénérationnelle est annulée. Edith, l’animatrice, propose à quelques résidentes d’écrire aux jeunes. Quatre dames racontent sereinement leur confinement total dans leur chambre avec lecture, télé et téléphone. L’une d’elle, Elisabeth, de sa belle écriture penchée (cliquez sur la photo),  leur demande comment ils vivent le travail scolaire à domicile, la privation de sorties et l’absence des copains.

Les lettres manuscrites sont scannées et envoyées aux jeunes par Claire, leur professeur de lettres qui les encourage
à raconter à leur tour leur confinement : activités et ressenti. Onze – et pas ceux auxquels elle aurait forcément pensé – se sont prêtés à l’exercice, pourtant si différent des SMS. Certains ont même illustré leur missive. Ils racontent : Gabrielle fait de la broderie et du dessin, Franck cuisine, Lucas fait des jeux vidéos avec ses copains, Gabin se sent comme en prison, même s’il peut faire du basket dans sa cour et bricoler, etc. Tous s’inquiètent de la santé des résidentes.

Avril. Comment maintenir le lien ? Claire demande à ses élèves de recréer une couverture d’album : imitation ou détournement. Les photos seront envoyées aux résidentes qui voteront pour la meilleure réalisation.

Mai. Tous ensemble, ils feront l’inventaire des jours de confinement. Claire a désossé le texte de l’inventaire des jours, invitant chacun à compléter les vides par le plein de sa propre expérience. Elle espère, qu’ensemble, jeunes et seniors réécriront l’album dans son intégralité et le partageront sous forme numérique et visuelle.

VML

A Chalon, pour la 3e rencontre intergénérationnelle entre des 6e du collège Camille Chevalier et les seniors de la ville, nous avons découvert ensemble L’inventaire des jours selon le protocole de lecture épicée créé par Livralire.

1/ Les participants installés en cercle piochent chacun une phrase tirée du livre. Ensuite, on fait un 1er tour au cours duquel chacun lit sa phrase à voix haute. Puis, à la faveur d’un 2e tour, chacun se prononce sur la journée décrite : heureuse, difficile ou moyenne, glissant sa phrase dans le bocal correspondant, jaune, bleu ou translucide.

Une élève fait remarquer que le bocal bleu est le plus fourni. On compte. Effectivement, il y a 9 jours heureux, 13 difficiles, 7 neutres.

2/ Trois personnes, placées à intervalles réguliers dans le cercle, feuillettent simultanément et en silence l’album, pages tournées vers l’ensemble des lecteurs, afin de mettre l’accent sur la force symbolique des illustrations et donner l’envie à ces mêmes lecteurs de reprendre seuls l’album. On fait, par exemple, un arrêt sur image à la page du renard et du lapin. En quoi les deux masques illustrent-ils « Le jour où on fait quelque chose, alors qu’en réalité on aimerait faire autre chose » ? Les commentaires sont intéressants.

3/ Chacun est invité à partager en petit groupe (3 élèves, un adulte) oralement puis par écrit une source de bonheur et un souvenir d’attente.

4/ Quatre binômes intergénérationnels lisent successivement les contributions, très concrètes des jeunes, pleines d’émotion des aînés. Bien que les contributions soient anonymes, les  seniors ont identifié celle de la dame pour qui l’entrée en résidence seniors fut une grande joie. Sur invitation du professeur, elle explique pourquoi.

5/ De retour en classe, le professeur de lettres a repris certaines des phrases de l’album qui avaient été tirées au sort. Il a fait réfléchir les élèves sur le sens de ces formules. Par la recherche et la formulation d’exemples concrets, les élèves ont éprouvé la portée d’une formule comme  « Il y a des occasions pour dire un mot ou deux », ont compris que ces paroles banales, qu’on dit chaque jour sans plus trop y penser, peuvent être source de réconfort, de bonheur, de partage, et qu’on aurait donc tort de se priver de les échanger.

Ils ont ensuite aussi repris les contributions des seniors.  Exemple : qu’est-ce qu’un adulte veut dire quand il écrit : « J’attends que l’été revienne ».  Quelles raisons a-t-il d’attendre cette saison ? Les élèves ont alors recherché quelles réalités le mot « été » véhiculait pour un aîné. De ce point de vue, le témoignage de la dame heureuse d’intégrer une résidence seniors les a aidés dans la formulation de ces raisons : ils avaient déjà des exemples à leur disposition. Ils en ont conclu que adultes et enfants partagent tous des pensées, des réflexions, des émotions, des sentiments, des sensations finalement souvent identiques, communes. C’était l’intention du professeur, que les élèves perçoivent qu’aux images, aux mots, souvent abstraits, de l’album et des aînés correspondaient un vécu, des réalités très concrètes, à découvrir ou partager.

En donnant la possibilité de voir avec d’autres yeux que les siens, cet album a fait faire à chacun une expérience d’altérité.

Emmanuel Delorme et Véronique M Lombard

A la Maison des seniors de Chalon-sur-Saône, ce semestre, un lundi sur deux est organisée une séance 1, 2, 3 albums. Quatre des dix rendez-vous sont intergénérationnels : les seniors retrouvent une classe de 6e du collège Camille Chevalier pour la scénographie de présentation, deux lectures épicées et le vote. Les autres séances se déroulent entre seniors.

Le jour de la lecture entre seniors de Tiens-toi-droite nous est venue l’idée de partager avec les jeunes ce qui dans l’histoire entrait en résonance avec nos vies et de les interroger sur leur vécu. La formulation de trois questions a donné du piment à nos échanges.

1/ Quand j’avais votre âge, nous n’avions pas l’eau courante. Je montais des seaux à la maison. Participez-vous aux tâches domestiques ? Lesquelles ?

2/ Nous habitions Autun. Quand je marchais, mon père disait : « Ne marche pas le dos courbé, tu as la tête à la cathédrale et les fesses à Saint Antoche ». Est- ce qu’on vous dit de vous tenir droit à la maison ? Au collège ?  

3/ Le fils ainé, reconnaissant, installe l’eau courante pour sa mère Adjoa. Et vous que feriez-vous pour remercier un parent ?

Nous attendons leur réponse, qui va tarder vu que le collège comme tous les établissements scolaires français est fermé à partir du 16 mars et pour une durée indéterminée, coronavirus oblige !

Reste que cette formule d’échanges épistolaires occasionnels nous semble une idée intéressante pour enrichir les discussions et entretenir le lien entre complices de lecture.

VML

En septembre 2019, Edith, animatrice à l’Ehpad des Amandiers à St Marcel, commune proche de Chalon/Saône, m’avait contactée, un peu désappointée.  Elle souhaitait participer à 1, 2, 3 albums mais ni les bibliothécaires ni les enseignants de CM ne voulaient s’associer. On s’est tourné vers Marie, la documentaliste du collège. Deux jours plus tard, Claire*, professeur de lettres acceptait d’embarquer avec une classe de 4e.

Co-voiturage
En novembre, Edith et Claire se contactent et décident de faire voiture commune pour venir à Mâcon à la présentation. Le courant passe. Elles y arrivent heureuses – on aurait dit des copines de toujours –  et en repartent pleines d’énergie pour partager les albums et organiser 4 séances intergénérationnelles.

Scénographie coopérative
En janvier, Edith organise un atelier de découpage des portraits et de montage des marottes. Les douze participantes imaginent une vie à leur personnage. Edith coopte trois lecteurs, deux résidentes : Elisabeth et Jani, et Jean-Louis, un bénévole qui vient régulièrement faire la lecture du journal et compte bien se mettre à celle des albums. Nous répétons tous les cinq une après-midi puis le matin de la séance publique.

 

 

 

 

Présentation mutuelle
Les contraintes d’installation (fauteuils roulants, déficiences de l’ouïe ou de la vue, la grande taille des ados) ne permettent pas d’intercaler systématiquement moins et plus de 20 ans comme on a pu le faire avec succès à la maison des seniors de Chalon.
A leur arrivée, les 4e, tels des acteurs en fin de spectacle, saluent le public. Puis chacun va dire bonjour et se présenter à quelques résidents qui eux-mêmes disent leur prénom. Echo : J’ai hâte de revoir les élèves.

De sorte qu’après la scéno, le feuilletage intergénérationnel des albums à deux ou quatre (deux ados et deux seniors) se mettra facilement en place. Echos : J’ai commencé à feuilleter un livre avec les élèves :  les illustrations sont magnifiques. Je suis impatiente de connaitre la suite des histoires.

Lectures autogérées
Au goûter, Elisabeth et Jani ont raconté à leurs voisines de table leur heureuse (et très réussie) aventure de lectrices, l’une en scène avec manipulation et lecture, l’autre de son fauteuil roulant. Dès le lendemain, Elisabeth, nonagénaire pleine de tonus, très fière de son rôle dans la scénographie, a commencé la lecture pour un groupe de cinq résidentes. Elle s’est même proposée pour faire la lecture à Mme T. dans sa chambre.

Prochain rendez-vous en mars pour une lecture épicée commune.
VML

*Claire aime beaucoup la sélection. Elle en a fait profiter ses neveux à Noël. L’accro au portable a reçu Moi, c’est tantale ; celle qui apprend à tourner La femme du potier ; le scientifique, Le voyage de Darwin.

 

Au collège de Talant (01), Violaine ARNAUD, professeur d’arts plastiques remplaçante, a organisé un atelier créatif intergénérationnel en deux séances (trois auraient permis des finitions).

Elle a présenté des frises égyptiennes, des cases de bande dessinée, des retables et des polyptyques et fait observer comment y étaient racontées les histoires. Puis les élèves de 6e 2 et les seniors de la ville, qui voyagent dans les albums avec eux, se sont répartis en petits groupes (3 jeunes, 1 senior) autour d’un même album, discutant de la façon de raconter l’histoire.

La narration pouvait être linéaire, circulaire ou explosive comme les dessins qui sortent du même encrier dans Mille dessins dans un encrier. Les matériaux étaient divers : encre de chine, plume, feutres d’alcool, brou de noix, encre aquarelle.

Yvette, dans le groupe de Ruby tête haute, a apprécié cet atelier où elle a pu se mettre au service des jeunes et se rapprocher d’eux par ses conseils de peintre amateur ou les réponses à leurs questions techniques.

Jusqu’ici les rencontres intergénérationnelles s’organisaient en face à face avec des échanges et des témoignages ou même des lectures complémentaires*. Avec ces créations en petit comité, on est passé à un côte à côte convivial et émancipateur, qu’il faudrait inscrire désormais au programme d’1, 2, 3 albums sous une forme ou sous une autre.

*Christine VALCIN a partagé des extraits du récit intitulé Leçons particulières dans lequel la pianiste Hélène Grimaud aborde avec des professeurs  la question de la transmission.

A l’Ehpad de Semur-en-Brionnais (71), l’album Mille dessins dans un encrier plait beaucoup, l’histoire s’enchaîne facilement, elle est simple à comprendre et les images sont parlantes.

Un résident dit : Très beau livre qui permettra aux enfants de se rendre compte qu’il n’existe pas que les téléphones portables ou tablettes tactiles, que l’on peut encore s’occuper en observant la nature et en dessinant ! 

Emus ou fiers, certains se découvrent des passions communes pour l’art. Un monsieur nous confie qu’il dessinait tout le temps quand il était à l’école, notamment le samedi après-midi où il avait classe ; nous lui proposons avec une pointe d’humour de reprendre ce rituel les samedis après-midi à l’Ehpad : la perche est lancée ! Deux résidents sont très fiers de nous montrer des tableaux de leurs enfants artistes qui ornent leur chambre et qui ont été décrochés pour l’occasion.

Même intérêt chez les élèves du village à qui nous sommes allées lire l’album, accompagnées d’une résidente. Au fil de la lecture et de la découverte des images, nous entendions des « Ohhhh ! » ou encore « Ouahhhh ». On a discuté dessin, parlé de

Paris. On a proposé aux enfants de réaliser une frise collective qui sera exposée à l’Ehpad, s’inspirant ou non de l’album qu’on leur a laissé jusqu’à la prochaine rencontre. La vieille dame a été très entourée et embrassée.

Murielle DAUMUR, animatrice

Le voyage lecture intergénérationnel 1, 2, 3 albums 2019 a été lancé le mardi 5 mars à la bibliothèque municipale Gérard Dubois à Varois-et-Chaignot (21).

A l’issue de notre présentation scénographique des albums, les enfants de CM1 ont choisi l’album qu’ils souhaitaient s’approprier en lecture afin de le transmettre à leur tour.

Sur quatre lundis et mardis (11 mars, 19 mars, 25 mars, 9 avril) pendant le temps scolaire et dans une salle dédiée, nous avons avec Martine transmis la scénographie des albums aux enfants, par petit groupe. Notre objectif était que chaque enfant soit acteur dans la lecture et c’est tout naturellement que chacun a trouvé son personnage, sa place dans l’histoire.

Une répétition générale a eu lieu le 29 avril à la bibliothèque avant la présentation finale lundi 6 mai 2019 devant les invités des enfants : grands parents, nounous, voisins. Ceux qui n’avaient personne à inviter ont été parrainés par des lecteurs de la bibliothèque.

 

Les enfants étaient motivés, investis, heureux de lire et de transmettre à un public d’adultes attentif et séduit. Cette première rencontre s’est terminée par un goûter apprécié de tous.

Rendez-vous jeudi 27 juin pour le résultat du vote avec la lecture épicée de La princesse aux mille et une perles par les enfants pour les parents.

Marie-Jo Chalimon, responsable de la bibliothèque