L’expérience virtuelle de vieillissement des visages racontée sur ce blog, a donné une idée inverse à Sylvie Merabti, documentaliste au collège de Talant.

Les seniors qui dans la ville de Talant et via la bibliothèque, ont lu individuellement les albums sans pour l’instant rencontrer les collégiens n’ont pas toujours eu des rides.

Et si on leur demandait deux photos, une récente avec leur visage marqué, une de leur jeunesse à la peau douce ?

Sylvie Guyot à la bibliothèque se chargera de scanner ou tirer les portraits qui seront exposés au collège.

En juin, les élèves voyageurs découvriront les visages des partenaires de lecture en appariant les portraits ridés et ceux d’avant les rides !

VML

 

Trois étudiantes en BTS Anabiotec 2e année au Lycée La Brosse à Venoy (Yonne) ont, dans le cadre de leur Projet d’Initiative et de Communication, ont lancé un échange intergénérationnel sur la base d’1, 2, 3 albums entre une classe primaire de Saint-Bris-Le-Vineux et les ainés de Perrigny.

Compte tenu des circonstances, tout se fera par la correspondance.
Les étudiantes ont dans un premier temps veillé à ce que les deux groupes fassent connaissance.
Elles ont photographié et interviewé des résidents de l’Ehpad puis transmis aux élèves, sous forme de fiche individuelle, leur photo accompagnée d’un petit texte avec leur âge, leurs passe-temps, leur ancien métier, etc.

Les jeunes, en binôme, ont écrit une carte postale à une personne de leur choix, se présentant, rebondissant parfois sur son portrait (cette dame aime coudre comme moi) et lui confiant un petit secret (faire les mots croisés de son grand père sans qu’il le sache).

Le passage par l’écrit a obligé chacun à se mettre un peu à nu et de fait à  créer un climat de connivence immédiat et fécond, en vue des prochains échanges sur les lectures.

VML d’après un article de Damien Robine, France Bleu Auxerre.

Juste avant le confinement, Yohann Hébert, potier de métier, a animé à l’Ehpad La Source de Mondeville, un atelier à 4 mains entre voyageurs de la résidence et élèves-voyageurs de l’école des Tilleuls. Ensemble, ils ont modelé des tortues, inspirées de celles trouvées par Darwin, que les aînés ont eu le temps de peindre pendant l’isolement forcé.
Arnaud Le Goff, médiathèque Quai des mondes, Mondeville (14)

Après les échanges épistolaires du début du confinement et, comme souhaité,  les liens intergénérationnels se sont maintenus entre les voyageurs de St Marcel (Saône et Loire).
Félicitations aux 13 collégiens de 4e  qui ont répondu à la proposition de leur professeur de lettres
de jouer avec les couvertures.
Leurs créations, pleines d’idées pour certaines, ont été transmises aux résidentes de la Maison de L’Amandier qui vont voter chacune pour leur composition préférée.
Cliquer au centre pour agrandir les visuels.
Manque une proposition pour Le voyage de Darwin.  Qui essayera, recevra un livre en cadeau.

Saint-Marcel (Saône-et-Loire).
Les jours où des jeunes de 14 ans et des dames de 90 ans s’échangent de vraies lettres.

Janvier 2020. Les 4e du collège sont sortis heureux de l’après-midi de lancement  du voyage-lecture à la maison des Amandiers. Ils ont écrit une lettre de remerciement aux résidentes de l’Ehpad.

Mars. Confinement oblige, la 2e rencontre intergénérationnelle est annulée. Edith, l’animatrice, propose à quelques résidentes d’écrire aux jeunes. Quatre dames racontent sereinement leur confinement total dans leur chambre avec lecture, télé et téléphone. L’une d’elle, Elisabeth, de sa belle écriture penchée (cliquez sur la photo),  leur demande comment ils vivent le travail scolaire à domicile, la privation de sorties et l’absence des copains.

Les lettres manuscrites sont scannées et envoyées aux jeunes par Claire, leur professeur de lettres qui les encourage
à raconter à leur tour leur confinement : activités et ressenti. Onze – et pas ceux auxquels elle aurait forcément pensé – se sont prêtés à l’exercice, pourtant si différent des SMS. Certains ont même illustré leur missive. Ils racontent : Gabrielle fait de la broderie et du dessin, Franck cuisine, Lucas fait des jeux vidéos avec ses copains, Gabin se sent comme en prison, même s’il peut faire du basket dans sa cour et bricoler, etc. Tous s’inquiètent de la santé des résidentes.

Avril. Comment maintenir le lien ? Claire demande à ses élèves de recréer une couverture d’album : imitation ou détournement. Les photos seront envoyées aux résidentes qui voteront pour la meilleure réalisation.

Mai. Tous ensemble, ils feront l’inventaire des jours de confinement. Claire a désossé le texte de l’inventaire des jours, invitant chacun à compléter les vides par le plein de sa propre expérience. Elle espère, qu’ensemble, jeunes et seniors réécriront l’album dans son intégralité et le partageront sous forme numérique et visuelle.

VML

A Chalon, pour la 3e rencontre intergénérationnelle entre des 6e du collège Camille Chevalier et les seniors de la ville, nous avons découvert ensemble L’inventaire des jours selon le protocole de lecture épicée créé par Livralire.

1/ Les participants installés en cercle piochent chacun une phrase tirée du livre. Ensuite, on fait un 1er tour au cours duquel chacun lit sa phrase à voix haute. Puis, à la faveur d’un 2e tour, chacun se prononce sur la journée décrite : heureuse, difficile ou moyenne, glissant sa phrase dans le bocal correspondant, jaune, bleu ou translucide.

Une élève fait remarquer que le bocal bleu est le plus fourni. On compte. Effectivement, il y a 9 jours heureux, 13 difficiles, 7 neutres.

2/ Trois personnes, placées à intervalles réguliers dans le cercle, feuillettent simultanément et en silence l’album, pages tournées vers l’ensemble des lecteurs, afin de mettre l’accent sur la force symbolique des illustrations et donner l’envie à ces mêmes lecteurs de reprendre seuls l’album. On fait, par exemple, un arrêt sur image à la page du renard et du lapin. En quoi les deux masques illustrent-ils « Le jour où on fait quelque chose, alors qu’en réalité on aimerait faire autre chose » ? Les commentaires sont intéressants.

3/ Chacun est invité à partager en petit groupe (3 élèves, un adulte) oralement puis par écrit une source de bonheur et un souvenir d’attente.

4/ Quatre binômes intergénérationnels lisent successivement les contributions, très concrètes des jeunes, pleines d’émotion des aînés. Bien que les contributions soient anonymes, les  seniors ont identifié celle de la dame pour qui l’entrée en résidence seniors fut une grande joie. Sur invitation du professeur, elle explique pourquoi.

5/ De retour en classe, le professeur de lettres a repris certaines des phrases de l’album qui avaient été tirées au sort. Il a fait réfléchir les élèves sur le sens de ces formules. Par la recherche et la formulation d’exemples concrets, les élèves ont éprouvé la portée d’une formule comme  « Il y a des occasions pour dire un mot ou deux », ont compris que ces paroles banales, qu’on dit chaque jour sans plus trop y penser, peuvent être source de réconfort, de bonheur, de partage, et qu’on aurait donc tort de se priver de les échanger.

Ils ont ensuite aussi repris les contributions des seniors.  Exemple : qu’est-ce qu’un adulte veut dire quand il écrit : « J’attends que l’été revienne ».  Quelles raisons a-t-il d’attendre cette saison ? Les élèves ont alors recherché quelles réalités le mot « été » véhiculait pour un aîné. De ce point de vue, le témoignage de la dame heureuse d’intégrer une résidence seniors les a aidés dans la formulation de ces raisons : ils avaient déjà des exemples à leur disposition. Ils en ont conclu que adultes et enfants partagent tous des pensées, des réflexions, des émotions, des sentiments, des sensations finalement souvent identiques, communes. C’était l’intention du professeur, que les élèves perçoivent qu’aux images, aux mots, souvent abstraits, de l’album et des aînés correspondaient un vécu, des réalités très concrètes, à découvrir ou partager.

En donnant la possibilité de voir avec d’autres yeux que les siens, cet album a fait faire à chacun une expérience d’altérité.

Emmanuel Delorme et Véronique M Lombard