Helena est une compagne ouverte et volubile qui parle avec un accent russe très pittoresque. Elle se montre très enthousiaste à l’idée d’apprendre le français.

Je lui offre « La voix d’or de l’Afrique » enveloppé dans un joli papier cadeau.
15 jours plus tard je retrouve le paquet cadeau intact, elle n’a pas osé l’ouvrir!
Dans un premier temps je lui lis l’histoire. Le texte est difficile. Elle ne se
décourage pas. A la fin de la séance, elle emporte le livre dans sa chambre afin d’essayer de comprendre mieux l’histoire grâce à son dictionnaire qui ne la quitte pas.

Rendez-vous est pris pour 2 semaines plus tard. Le jour dit, je la retrouve, impatiente de replonger dans l’histoire de Salif. Nous lisons à tour de rôle chaque page, ce qui l’intéresse surtout c’est d’enrichir son vocabulaire, elle bute sur le mot « maïs », face à l’impossibilité de lui faire comprendre le sens, elle feuillète son dictionnaire et son visage s’éclaire en découvrant la traduction.

Elle semble de plus en plus touchée par cet enfant différent, exclu, seul et rejeté mais elle sait aussi qu’il sera sauvé grâce à sa voix. Avec force gestes et mimiques, elle mime l’histoire quand les mots lui manquent. Certains mots font sens « guitare », « Bamako ».
Pour clore la séance qui a été intense, je lui propose d’écouter un cd de Salif, elle accepte
avec joie. Dès les premières notes, submergée par l’émotion elle fond en larmes.
Elle me confie son amour de la musique et me cite les titres des disques qu’elle possède.
Elle répète les mots « guitare » « larmes ». Elle me demande si je peux lui prêter mon cd et je lui propose de garder le livre. Comme une petite fille au cours d’une remise de prix, elle serre le livre dans ses bras et l’emporte précieusement.

Je devine sa fierté de posséder un livre écrit en français, un livre dont elle aura essayé de percer le mystère grâce à sa ténacité. Elle me demande quand on se retrouve pour une autre lecture.
Arlette, bénévole chez les Compagnons d’ Emmaüs de Planay (21)