Voici un bel exemple de création d’un conte par un apprenti cordonnier selon un protocole conçu par Claire, professeur de lettres, et décrit par Cécile, documentaliste, dans l’article du 15 juin : Conte, de l’écoute collective à la création individuelle.

Il était une fois, dans une cordonnerie spécialisée dans la chaussure, deux apprentis et leur chef d’apprentissage. Jason le joyeux mais sérieux quand il faut, et Dylan, qui ne prenait rien au sérieux et qui était jaloux de Jason. Ce dernier était chouchouté par le chef d’apprentissage qui détestait Jason pour sa vitesse de compréhension et son travail.

Voyant qu’il ne restait qu’un mois avant que leur formation finisse, le chef les convoqua :
– « Aujourd’hui, je voudrais que chacun à votre tour, vous me fassiez une chaussure. Je vous laisserai ma boutique y compris tout ce qui est dedans pour avoir toutes vos chances de réussir. A vous de choisir qui passera maintenant et l’autre, l’après-midi. »
– Moi ! s’exclama Dylan. Jason n’eut pas le temps de terminer sa phrase que lui et son patron furent obligés de quitter la cordonnerie.

Dylan prit la chaussure et alla en atelier collage. Il vit un petit pot de colle et l’ouvrit. « J’aime mon ami pinceau pour le dosage, mais gare au gaspillage !  » chantonna la colle. Dylan n’en avait rien à faire. Il prit le pinceau et engloutit les trois quart de la colle en la passant sur la chaussure. Ensuite, il continua sa route. »Oh non ! Comment vais-je faire pour coller d’autres chaussures ? Méchante personne ! Tu seras puni pour ça !  » dit la colle en sanglotant.

Arrivé à l’atelier affichage, il y avait un patin. Un patin qui faisait une sieste. Il rêvait d’une harmonie parfaite avec la chaussure à laquelle il serait affiché. Dylan saisit le patin et le posa brutalement sur la chaussure, et sans prendre soin de voir s’ils s’encastraient correctement, il continua son périple. Lorsque le patin se réveilla, il fut choqué de se voir sur une chaussure sans son consentement. »Malheur à celui qui a osé me faire ça ! « s’exclama-t-il.

La dernière étape était en face de lui mais le temps lui manquait et madame la fraise était du genre lent. Mais comme à son habitude, il n’en fit qu’à sa tête. Il menaça la fraise et l’obligea à accélérer le mouvement au péril de sa vie. « Jamais de ma vie, je n’ai fait un travail aussi bâclé ! Il faut chérir la chaussure ! » hurla la fraise. Le travail fini, il rangea sa chaussure et quitta la boutique.

Jason arriva plus tard, prit sa chaussure et alla en atelier collage.
– « Malheur ! Je ne pourrai coller ta chaussure jeune homme », dit la colle.
–  » Ne vous en faites pas. Je vois assez de colle par terre pour ma chaussure et votre fond, si vous me permettez. »
– « Bien sûr je t’en prie ».

Le collage fini, Jason partit en direction de l’affichage sous les encouragements explosifs de la colle. Arrivé à l’atelier, il vit dormir un patin, et n’eut pas envie de le réveiller. Du coup, il attendit qu’il se réveille pour lui demander :
– « Bonjour, excusez-moi de vous déranger, est-ce possible que je vous affiche sur ma chaussure ? »
– « Merci de me demander. Ca faisait un moment. D’habitude, on nous affiche qu’on le veuille ou non. Je t’aiderai à bien m’afficher ».
– « Quel bel affichage ! Merci beaucoup Monsieur patin. »

Maintenant direction fraisage.
– » Bonjour jeune homme, que puis-je faire pour vous ? »
– « J’aimerais que vous me fraisiez ma chaussure si possible. »
– « Bien-sûr ! Mais il me faudra du temps, » dit la fraise.
– « Ce n’est pas grave. Je préfère ça que rendre un travail de mauvaise qualité, même si le temps me manque. »
– « Dans ce cas, je ferai de mon mieux. »
En moins de temps qu’il le fallu, Madame la fraise réussit à faire un très bon travail au moment où le temps était fini.

Le lendemain, le chef prit les deux chaussures. « Vous avez réussi à terminer dans le temps imparti et je vous en félicite. Plus qu’à la faire briller en la donnant à mon ami la brosse. »Il passa celle de Dylan en premier.  » Cette chaussure sent la tristesse, la peur, de la colère. Je ne peux la faire briller si la personne a le cœur dur comme de la roche. »Il prit celle de Jason. « J’aime l’aura qui se dégage de cette chaussure. On voit que la personne a pris soin d’elle. Tu auras mérité ta prime Jason », lui dit son chef. Et en plus de ça, je te prendrai avec moi quand la formation sera finie. Quant à toi Dylan, je t’ai trop chouchouté, sûrement le résultat de ce que j’ai semé. Je ne pourrai pas te garder.
C’est ainsi que Jason devint cordonnier et que Dylan est toujours à la recherche d’un emploi.