Quels beaux moments passés autour de la lecture partagée de l’album Le Barrage, avec 27 résidents de l’Ehpad de Semur-en-Brionnais, répartis en deux groupes !
Le livre a beaucoup plu. La lecture de l’histoire a entrainé une discussion passionnante autour de la construction d’un barrage, de son utilité, des conséquences, des avantages et des inconvénients.

On parle longuement du barrage de Villerest, situé à une trentaine de kilomètres et que la grande majorité ont déjà vu. Beaucoup se rappellent de sa construction dans les années 1970 et de son inauguration en 1972 :

Avant la construction du barrage, se trouvaient les tuileries Cancalon qui refusaient catégoriquement de s’installer sur un autre site. 

Avant sa construction, la Loire était souvent en crue, de Roanne jusqu’à la place de la grève à Digoin. On ne pouvait plus se rendre dans les villages avoisinants qui étaient coupés par les inondations. Depuis sa construction, les crues ont lieu uniquement en amont du barrage et les éleveurs concernés sont alors prévenus pour retirer leurs bêtes ! 

Le barrage a créé des emplois dès sa conception : nettoyage des berges, relevés par des topographes ou des géologues et a demandé ensuite beaucoup de main d’œuvre. 

Les résidents expliquent qu’il existe deux sortes de barrages : barrage voûte ou barrage poids. Le principe du barrage est de faire de l’électricité de façon écologique et c’est Electricité de France qui est chargé par l’Etat de les construire.

Tous se souviennent de la catastrophe du barrage de Malpasset en décembre 1959, qui a cédé au-dessus de Fréjus, balayant un quartier entier faisant environ 400 morts. On évoque le barrage de Génissiat ainsi que des grands barrages d’Egypte ou de Chine.

On se souvient de notre séjour vacances de 48 heures dans la Loire, il y a trois ans, avec la visite du barrage de Villerest et une balade en bateau sur le lac. Les participants donnent envie aux autres. Une nouvelle sortie est programmée pour faire découvrir ou redécouvrir le site. Et une dame d’ajouter : « En plus, on pourra manger au restaurant car là-bas il y en a deux !

Quel bonheur pour moi de m’être laissée porter par les souvenirs et les connaissances des résidents, mis en lumière grâce à un album.

Murielle Daumur, animatrice, porte-parole des résidents de l’Ehpad de Semur-en-Brionnais

Présenter la lecture épicée du Barrage à douze grands seniors dont la vue a baissé et qui doivent respecter une distance sanitaire : un défi gaiement relevé. Pour ce faire, on a disposé les fauteuils sur deux rangs en quinconce et sur deux côtés pour une visibilité optimale, et :

– Utilisé des tasseaux de tailles différentes pour monter le barrage.

– Grossi les visuels à 300%.

– Planté le décor au sol avec du tissu de grand format : une nappe verte pour représenter la prairie avec un rebord pour symboliser la berge qui ne sera pas submergée, et une nappe bleue installée sur un manche à balai à dérouler pour figurer la mise en eau et la création du lac.

Nous avons géré cette présentation à deux voix avec changement de lectrice après le remplissage du barrage. L’une lit, l’autre installe, construit, manipule.

Nous avons passé un excellent moment dans le nord de l’Angleterre, avec en clôture de la musique locale pour danser ou frapper dans ses mains.

Nadette et Marie-Christine à Givry (71)

On n’est pas en mesure, ce semestre, d’accueillir physiquement des groupes à la bibliothèque de Talant pour lire et échanger. D’accord ! Mais la crise sanitaire n’a pas le dessus ! Les seniors de la ville peuvent continuer à voyager dans les albums.

Primo, ils peuvent venir individuellement, emprunter, lire, parler, écrire. Quand une personne rapporte un album et que je ne suis pas au prêt, on me prévient. Je quitte mon bureau pour avoir un échange avec la lectrice ou le lecteur qui, par ailleurs, a été invité à partager ses impressions de lecture sur une fiche insérée dans l’album.

Exemple ci-joint, lisible d’un clic : Album très beau visuellement, très poétique et émouvant. La musique comme vecteur de mémoire, écrit une lectrice du Barrage qui en évoque deux autres : Sarrans en Aveyron, Naussac en Lozère. (Cliquez sur l’image).

Secundo, on peut échanger par téléphone ou par internet. Possédant les mails des voyageurs aînés, nous les avons invités récemment à un partage de lecture en visio. Six d’entre eux ont joué le jeu, dont la personne chargée de mission en direction des aînés talantais. L’après-midi même, une personne est venue à la bibliothèque nous dire que, si pour des raisons techniques, elle n’avait pu prendre la parole, elle avait tout entendu et avait apprécié ce temps d’échanges sur quatre albums.

Un monsieur, fidèle lecteur des albums, a oralement partagé son intérêt pour les barrages en évoquant trois souvenirs :
– un reportage télé sur un épisode difficile de construction du barrage de Tignes dans la haute vallée de l’Isère. Les 387 habitants menacés d’expulsion tentent d’empêcher le déroulement de travaux en raison d’un manque d’informations sur leur avenir. On fait intervenir des gardes mobiles puis des CRS. Le village a été englouti sous les eaux en 1952.
– une excursion en 2 CV en 1953 sur une route d’accès non goudronnée au chantier du barrage de Roseland, mis en eau 7 années plus tard. Après l’épisode de Tignes, les habitants de la vallée ne s’opposent pas aux travaux mais négocient des indemnités auprès d’EDF. Une nouvelle chapelle est construite à proximité du site.

– la découverte, en 1980, lors d’un circuit automobile dans les Hautes-Alpes dans une voiture plus performante que la première 2CV, du barrage de Serre-Ponçon, construit de 1957 à 1959 sur la Durance, avec une technique innovante de superposition de couches de terre (l’enrochement trop profond ne permettant pas une construction en béton), la disparition de 2 villages -Savines et Ubaye- et le déplacement de 1000 personnes. Une construction qui présentait quatre intérêt : régulation du cours de la Durance, production d’énergie électrique, irrigation des cultures et activité de loisirs nautiques sur le lac et ses berges.

Sylvie Guyot, bibliothécaire, Talant (21)

Formidable surprise pour la créatrice de lecture épicée que je suis que de voir une version différente de celle que j’ai imaginée.

En effet, au collège de Saint-Trivier-de-Courtes (Ain), ma version du Barrage a gagné en qualité et en dynamisme, grâce au duo professeur-documentaliste et professeur de musique.
1/ Les élèves se sont installés en cercle autour d’un plot fait de deux boites en carton sur lequel constituer les paysages.
2/ Tous les éléments ont été distribués aux jeunes pour installation progressive :  les vignettes extraites de l’album et les kapla pour monter le barrage.
3/ La professeure de musique a chanté et joué du violon.
4/ Les élèves se sont déplacés en tournant au son de la cornemuse.
5/ Sitôt le paysage verdoyant constitué, l’album a été introduit.
6/ Un chœur s’est constitué de fait avec des phrases répétées par tous.

A mon tour avec un groupe de douze élèves de Chalon sur Saône (Collège Camille Chevalier), j’ai adopté avec succès l’installation en cercle, distribué les kapla en plus des vignettes d’avant le lac, passé deux morceaux de musique de William Taylor, fait reprendre en écho les phrases évoquant l’écoute musicale.
J’ai préféré ne montrer les magnifiques double-pages que dans un 2e temps, celui où les jeunes, encouragés par leur professeur de lettres, récapitulent l’histoire à voix haute.
Puis nous avons installé les animaux et les plantes sur les berges du lac, ne laissant au fond du lac que les habitations englouties. Nous avons imaginé les anciens villageois venus chanter et danser au bord de l’eau en hommage à tous ceux qui avaient vécu dans la vallée. Les gens passent, la musique demeure.
VML

 

Titre : Le Barrage
Auteur : David ALMOND
Illustrateur : Levi PINFOLD
Editeur : D2eux,
Année : 2020

Avant que le village ne soit englouti par le remplissage du nouveau barrage, Kathryn et son père chantent une dernière mélodie dans chaque maison évacuée.
L’ entendront-ils, ceux qui viendront faire du canot sur le lac artificiel ?