Au collège de Seurre (Côte-d’Or), nous avons, un professeur de lettres et moi, embarqué deux classes de 5e. Sur des heures de français, j’ai accueilli successivement une première, puis une deuxième moitié de chaque classe au CDI. Pendant six séances, j’ai fait déguster plusieurs lectures épicées.

Une fois les albums lus en groupe et individuellement, j’ai demandé aux élèves de créer un acrostiche sur l’histoire de leur choix avec la première lettrine inspirée de celles de Christine de Pizan. Ils ont réussi à trouver le mot principal, mais j’avoue que le projet d’écriture était ambitieux. Il m’a fallu les aider pour éviter des répétitions et ruser pour quelques lettres difficiles à compléter.

Résultat : tous les albums ont inspiré au moins un acrostiche. L’ensemble sera partagé oralement en accompagnement des titres avant le vote puis exposé au CDI.

Exemple ci-contre : Féministe pour Christine de Pizan

Fabienne Bourjon, professeur-documentaliste

Les élèves de la classe de 6eB du collège Louise de Savoie à Pont d’Ain (01) ont découvert la vie d’une femme en avance sur son temps, Christine de Pizan, selon le protocole suivant :
1/ Lecture collective au CDI sur une heure de lecture « offerte ».
2/ Eclaircissement du texte et des termes inconnus des élèves.
3/ Lecture à voix haute par les élèves de passages avec recherche d’adjectifs pour qualifier sa personne, sa personnalité, son oeuvre, son parcours et remplir un tableau abécédaire.
4/ Projection d’un documentaire sur la fabrication d’un livre au Moyen-Age.
5/ Observation des enluminures et lettrines.
6/ Illustration de l’abécédaire par les élèves devenus copistes avec enthousiasme !

Magali Barraillé, professeure documentaliste

La lecture de Christine de Pizan n’est pas facile pour des 6e, même avec les lettrines utilisées pour la version épicée.  Des mots et des tournures de phrase leur échappent. Et pourtant, disent-ils, le portrait de la noble dame les saisit. C’est une femme courageuse. Elle est capable d’élever ses enfants seule, de ne pas se remarier comme le veut l’époque, de gagner sa vie, d’avoir une activité d’écriture réservée aux hommes, de défendre le droit des femmes.

Autour d’elle, les adultes invités ont proposé une galerie de femmes, vivantes pour la plupart, qu’ils trouvent remarquables. Elles se sont frayé un chemin dans la vie, ont surmonté des difficultés liées à leur milieu, leur époque ou la condition féminine, ont tenu leurs objectifs.

Deux actrices : Adèle Haenel et Muriel Robin.
Deux auteures : Colette.  Marguerite Yourcenar sur laquelle leur professeur de lettres avait rédigé un mémoire. Grâce à une citation d’elle, il avait obtenu un poste de coopérant à Madagascar.
Une ancienne ministre :  Simone Veil
Une grand reporter et écrivaine : Mémona Hintermman. (écouter sa rencontre à la prison des femmes de Rennes).
Une médecin–réanimateur à Paris, membre du conseil scientifique : Lila Bouadma
Une chorégraphe et danseuse de hip-hop : Bintou Dembéle 
Une chef d’orchestre : Nathalie Stutzmann

A côté de ces femmes célèbres ou connues du public via les médias, il y a toutes les femmes retraitées à qui Irène a rendu hommage et dont Emili, 6 ans, a dessiné un visage : « Je veux mettre à l’honneur toutes ces femmes de plus de 60 ans qui n’étant plus salariées du monde productif, sont invisibles. Et pourtant leurs rôles sont multiples. Parfois veuves ou accompagnantes d’un conjoint malade, elles contribuent à de nombreuses tâches. Elles aident leurs enfants qui, en couple et travaillant à deux, les sollicitent beaucoup. Garder leurs petits enfants, c’est du bonheur et de la fatigue surtout qu’elles ont aussi souvent leurs propres parents à seconder. Pour moi, ces femmes généreuses et courageuses sont admirables ».

P. S : Le principal du collège, après lecture de cet écho, présentera une femme remarquable de son choix au prochain atelier lecture.

VML

 

Le démarrage de notre premier voyage  avec des scolaires et des seniors a été chaotique à cause du Covid. Mais nos débuts sont prometteurs notamment à la résidence « Ages & Vie » de Saint Léger-sur-Dheune.

Les ainés ont colorié avec application et intérêt les lettrines en amont de la lecture épicée de Christine de Pizan.

 

Une vieille dame qui ne marche plus et n’entend pas bien a installé dans sa chambre, sur un lutrin, l’album Petites nouvelles de la révolution . Chaque jour, elle lit une des nouvelles à voix haute : une façon de travailler sa voix et de prendre plaisir à lire. 

Gisèle Empatz, bibliothèque Saint Léger-sur-Dheune (71)

P.S : Commentaire d’Emmanuelle Beulque, responsable éditoriale chez Sarbacane, à propos de la vieille dame qui se lit les Petits nouvelles de la révolution : Mais quel bonheur de lire ça !

Sylvie Merabti, documentaliste
« En découvrant la lecture épicée de Christine de Pizan, au lancement d’1.2.3 albums en novembre à Dijon, j’ai tout de suite pensé à la journée internationale des droits des femmes. Et si on la jouait le 8 mars au collège ? Ce sera un marathon lecture. La question des lectrices a été très vite résolue. Deux élèves de 3e se sont portées volontaires, dont Sidonie qui avait gardé un souvenir merveilleux – le meilleur de sa scolarité – des lectures épicées faites en 6e pour des CM2. Je leur ai associé des stagiaires documentalistes.  »

Parallèlement, une enseignante d’histoire-géographie séduite par l’album s’est lancée avec sa classe de 5e en éducation morale et civique dans la réalisation d’affiches sur les discriminations et le sexisme et d’un quiz en ligne.

La rectrice et l’inspectrice d’académie, ayant eu vent du projet, se sont invitées au collège et ont assisté à une des lectures en classe de 5e, félicitant chaleureusement Sidonie et Wahiba, pas peu fières.

Sidonie, collégienne
« J’avais très envie de revivre 1.2.3 albums avant de quitter le collège. Passionnée de romans historiques, l’histoire de Christine de Pizan m’a plu. En plus, le 8 mars, c’est le jour de mon anniversaire. J’avoue que lire devant la rectrice a été assez stressant, mais une fois qu’on est lancé, tout va bien ! »

Wahiba, collégienne
« Je ne suis pas une grande lectrice. C’était tout nouveau pour moi de lire devant une classe et finalement je me suis sentie très à l’aise. J’avais peur aussi que les élèves bavardent et rigolent. Pas du tout ! J’ai l’impression que notre histoire les a transportés. »

Aurore, stagiaire documentaliste
« C’est une expérience nouvelle et formatrice. Il m’a fallu de l’entraînement pour maîtriser cette activité : poser ma voix, m’imposer et capter l’attention des élèves. Le faire en continue de 8h30 à 16h30 est devenu lassant et a sans doute diminué  mon entrain. Néanmoins, je reste persuadée que cette parenthèse de lecture aura été bénéfique pour tous.  »

Conclusion : stress et émotion pour les lectrices, bonne écoute et belle découverte pour les élèves et les profs.

A la bibliothèque de Bligny-sur-Ouche en Côte-d’Or, les bénévoles ont préparé, cette deuxième quinzaine de mars, un dégustalivres albums « femmes d’hier et d’aujourd’hui ».

 

A la pension de famille Vellerot (dans le canton d’Arnaud) qui accueille des ancien.ne.s alcooliques, elles présenteront deux femmes très différentes par l’époque, le cadre, le milieu et le tempérament mais qui, chacune, ont su s’affirmer face aux hommes : Christine de Pizan et La femme du potier (1.2.3 albums 14).

Ces deux lectures épicées seront aussi jouées à la bibliothèque de Bligny.

 

L’équipe mettra en plus à disposition immédiate du public un panier de portraits d’autres belles femmes (albums, romans, récits, BD). Cette offre de lecture par rapprochement d’œuvres est une mission des bibliothèques. L’objectif est double : aider les lecteurs à aller d’un texte à un autre, faire connaitre le fonds.

VML

 

La lecture épicée de la biographie de Christine de Pizan nous a été inspirée par le qualificatif mis en sous-titre de l’album –  la Clairvoyante – et la lettrine C, au centre de l’enluminure de la page de titre.

La lecture cursive de son portrait dressé par Anne Loyer met en avant quinze autres  aspects de sa personnalité. Elle a été Rêveuse et Studieuse dans l’enfance. Epouse et Mère très jeune, elle s’est consacrée à sa famille. Veuve, elle a pris sa vie en main. Contrairement aux principes de l’époque, Ecrivaine, elle a vécu de sa plume et Militante, elle s’est engagée dans la société malgré la misogynie ambiante.

Cette lecture polyphonique, à deux ou plusieurs voix, concentrée sur le texte, devra être suivie au minimum du feuilletage de l’album avec repérage dans les belles illustrations en pleines pages, des caractéristiques propres au Moyen-Age : les costumes, l’architecture, les activités, la société, le bestiaire.