Si pour des raisons sanitaires imposées par la Covid, le public ne peut se réunir pour des ateliers lecture, il faut faire en sorte que le livre vienne à lui.

Ainsi, à Chalon-sur-Saône, les personnes qui fréquentaient depuis 3 ans les ateliers lecture intergénérationnels, peuvent venir à l’accueil de la maison des seniors (où les activités sont à l’arrêt) emprunter un sac numéroté contenant deux albums* de la sélection en cours. Elles sont invitées à les lire et les faire circuler dans leur famille et leur voisinage. Chacun peut partager une impression, un souvenir, une lecture « cousine » sur une feuille A5** glissée dans chaque volume. Une rencontre en plein air est prévue mi-juin avec les 6e qui lisent les mêmes albums.

A Delle, dans le territoire de Belfort, les bibliothécaires ont embrayé immédiatement sur cette proposition de lectures nomades, que j’évoquais lors de la formation co-animée avec la BDP le 25 février. Elles vont s’appuyer sur quelques grands lecteurs et sur une animatrice du CCAS qui seront cooptés pour des lectures épicées avant de se voir confier les sacs pour lire et faire lire à qui mieux mieux. L’été sera également l’occasion d’organiser des lectures en extérieur en binôme ou d’échanger sous forme de « book dating ».

Nota bene : Livralire fournira 4 sacs tissus et 2 albums aux 3 premières bibliothèques qui voudront leur emboîter le pas.
Au collège, on rêverait qu’un pack d’albums supplémentaire soit offert par un mécène ou prêté par une bibliothèque pour faire circuler un à un les albums dans les familles.

*Notre offre :
Sacs 1 et 2 : Les rides / Les souliers usés
Sacs 3 et 4 : Le barrage / Si je reviens un jour
Sacs 5 et 6 : Je n’ai jamais dit que / Kini le monde à bras le corps
Sacs 7 et 8 : Les dessins de Claire / Quelqu’un m’attend derrière la neige

** : modèle disponible sur demande

L’illustration page 15 des Souliers usés a inspiré Emmanuel Delorme, professeur de lettres à Chalon, pour la création de la lecture épicée. Au premier atelier de travail, en juillet 2020, il est arrivé avec une caisse pleine de colonnes illustrées, en papier calque, et des LED pour éclairer (timidement) les visuels de l’intérieur.

La réalisation était séduisante !  Mais il fallait l’adapter pour permettre à tous d’adopter cette mise en scène à moindre coût et sans provoquer des bourrages de papier calque dans les imprimantes.

On a opté pour des cylindres en bristol dont Catherine Rizet a trouvé les astuces de montage. Restait à trouver une embase de poids pour les empêcher de tomber comme des dominos. Des pots de yaourt en verre feraient l’affaire, a pensé Véronique, se souvenant de ceux qu’elle avait gardés pour  faire des bougeoirs.

Parrainée par une collègue de Saône-et-Loire, Clémence a inscrit à 1 ,2, 3 albums le lycée Belin à Vesoul (Haute-Saône) où elle est professeur-documentaliste à mi-temps. C’est avec douze élèves de 16-19 ans et leur enseignant de l’Unité d’Enseignement (ULIS +) qu’elle a embarqué.

A l’automne, avant la présentation de la sélection, ils ont fait des hypothèses sur les visuels détourés des couvertures. Puis, seuls ou à deux, les jeunes ont pris la responsabilité d’un album : « la répartition s’est faite naturellement. L’un des jeunes a même demandé à ses parents l’album en cadeau de Noël de façon à l’avoir en permanence à disposition ».

Pour chaque album, la lecture à voix haute par la documentaliste est suivie de mises au point sur la compréhension, d’échanges, puis d’une activité : lecture, écriture ou arts plastiques.

Pour les Dessins de Claire, ils ont dessiné des vitraux et confectionné des marottes des artisans du chantier de la cathédrale.

Pour Les souliers usés, les jeunes vont s’entrainer à jouer la lecture épicée pour la présenter à une classe ULIS du collège René Cassin à Noidans-les-Vesoul.

Pour Je n’ai jamais dit, ils établiront une correspondance avec la classe ULIS du collège des Epontots (71)

Pour les Rides, les accompagnants ont une idée originale, prochainement dévoilée sur le blog.

L’idée forte est de donner à ces jeunes en difficulté scolaire l’occasion d’être acteurs de lecture. Les débuts sont prometteurs. Ils sont très investis, leur enseignant conquis par les albums, Clémence par « le projet qui, contrairement à d’autres offres, est magique parce qu’on est accompagné et doté de très bons outils mais en même temps très libre ».

Après que la sélection du 15e voyage-lecture ait été annoncée, une professeure de lettres m’a dit : « Je connais déjà le très beau conte écrit par Timothée de Fombelle, Quelqu’un m’attend derrière la neige. Nous l’avons lu à deux voix à des élèves de 5e, juste avant Noël 2019. Je me réjouis du choix mais sachez que tous les jeunes n’ont pas compris l’histoire qui n’est pas si simple ».

Et moi de lui répondre : « C’est pour ça qu’on vous proposera une lecture épicée, qui aidera à la compréhension avec les trajectoires des deux protagonistes matériellement dissociées. Vous pourrez y associer des voyageurs comme dans la vidéo ci-dessous qui réunit trois générations ».

L’installation devant le groupe sera quelque peu différente de la celle de la vidéo (25 minutes). Les pupitres où visualiser le voyage de Gloria et celui de Freddy seront en vis-à-vis, à l’avant de la table qui symbolise la maison et, avec la guirlande, qui annonce un réveillon.
VML

Pour lire en groupe, Livralire crée pour chaque album, une lecture dite « épicée », c’est-à-dire une lecture à voix haute, intégrale ou aménagée (partielle ou/et découpée), brute ou mise en scène, dynamique et coopérative (plusieurs voix possibles), inspirée par des éléments visuels ou narratifs qu’elle souligne ou éclaire.

Les lectures épicées aident à la compréhension, apportent du piquant, donnent une place active aux auditeurs, cadencent les rencontres, varient les séances.

C’est un tremplin pour la lecture individuelle intégrale ou ça la remplace pour ceux qui n’ont pas les compétences nécessaires.

C’est une trame dont peuvent s’emparer les lecteurs pour passer l’histoire à d’autres, comme narrateurs principaux ou voix secondaires.  « Chaque classe engagée  (6e et CM2) est responsable d’une lecture épicée ». « Notre classe Ulis prépare une lecture épicée pour les parents, une pour une autre classe ».

C’est un produit durable. «Pas une semaine au CDI où je ne ressorte une lecture épicée des années précédentes et l’album qui lui correspond pour étayer une thématique travaillée par un prof ou pour un accueil de classe ».

C’est un moyen de faire connaître le projet et de faire tomber les a priori sur les albums. « Les réticences d’une équipe pédagogique au lycée (Des albums en seconde ! Vous n’y pensez-pas ?) sont tombées après que je leur ai joué la lecture épicée de Si je reviens un jour. » 

Pour la 15e édition, Livralire propose :
Une lecture brute sur pupitre des Dessins de Claire.
Une lecture de type kamishibaï : Kini le monde à bras le corps et Quelqu’un m‘attend derrière la neige.
Une lecture mise scène :  Si je reviens un jour et
Les Souliers usés.
Une lecture-installation pour Le barrage.
Un jeu d’observation : Les rides et Je n’ai jamais dit.

Nota bene : Les lectures épicées des titres en bleu ont été filmées et seront prochainement sur le blog.
VML

Louise Pikowski et Sara Lichtsztejn, deux lycéennes juives, vivaient à Paris sous l’occupation allemande. Toutes les deux ont été déportées à Auschwitz. Louise y est morte dès son arrivée, gazée avec toute sa famille. Sara en est revenue et a retrouvé sa mère, elle aussi rescapée des camps d’extermination.

La vie de la première, on la connait à travers les lettres qu’elles échangeait avec sa prof de latin-grec pendant les vacances, retrouvées trente ans plus tard dans un placard du lycée La Fontaine à Paris et dévoilées au grand public par la journaliste Stéphanie Trouillard dans un film  documentaire puis la BD Si je reviens un jour.

La seconde, d’une année sa cadette, a été interviewée en 2006 dans le cadre de « Typo »* par des lycéens bourguignons et Dominique Gaye avec qui elle est retournée à Auschwitz. Des photos d’archives autorisées par le musée du camp étayent son témoignage, très bien filmé et monté par Julien Pelletier.

Cette petite heure avec elle est instructive et très émouvante. Cette femme, énergique, lucide et profonde, qui, encore récemment, témoignait en « visio » devant des lycéens, fait notre admiration.

Ne manquez pas de découvrir et de faire connaître autour de vous cette belle personne.

PS : Un document de 12 pages, réalisé par la même équipe, est également disponible. Demander le fichier pdf à Livralire (envoi par wetransfer)

*Typo : association de journalisme lycéen et d’éducation à la citoyenneté (1998-2015)

Au foyer de vie d’Ebreuil, j’embarque chaque année les résidents dans 1, 2, 3 albums. Fidèles à l’atelier lecture, ils attendent avec impatience les vendredis après-midi pour découvrir une nouvelle histoire.

Je profite des idées et des conseils de Livralire pour présenter les albums et les lire à voix haute.

Cette année nous avons innové. Nous avons conjointement monté la scénographie, les résidents, une jeune stagiaire et moi-même. Un résident marquait l’entrée dans chaque album par des accords de guitare. Ce fût un réel plaisir.

Ceux qui ont la capacité de lire sont très demandeurs. Avoir une part active dans la scénographie et les lectures « épicées » est un moyen de progresser et une occasion d’être reconnus.

Catherine Charmant, éducatrice au foyer de vie d’Ebreuil (Allier)

Trois étudiantes en BTS Anabiotec 2e année au Lycée La Brosse à Venoy (Yonne) ont, dans le cadre de leur Projet d’Initiative et de Communication, ont lancé un échange intergénérationnel sur la base d’1, 2, 3 albums entre une classe primaire de Saint-Bris-Le-Vineux et les ainés de Perrigny.

Compte tenu des circonstances, tout se fera par la correspondance.
Les étudiantes ont dans un premier temps veillé à ce que les deux groupes fassent connaissance.
Elles ont photographié et interviewé des résidents de l’Ehpad puis transmis aux élèves, sous forme de fiche individuelle, leur photo accompagnée d’un petit texte avec leur âge, leurs passe-temps, leur ancien métier, etc.

Les jeunes, en binôme, ont écrit une carte postale à une personne de leur choix, se présentant, rebondissant parfois sur son portrait (cette dame aime coudre comme moi) et lui confiant un petit secret (faire les mots croisés de son grand père sans qu’il le sache).

Le passage par l’écrit a obligé chacun à se mettre un peu à nu et de fait à  créer un climat de connivence immédiat et fécond, en vue des prochains échanges sur les lectures.

VML d’après un article de Damien Robine, France Bleu Auxerre.

Pour le tournage de deux lectures épicées polyphoniques, 8 collégiens ont prêté leur voix à 8 personnages d’album.

A Chalon (Collège Saint Dominique), Maël est devenu Abraham, le père de Louise Pikovsky, Rose, sa copine de lycée et Victor, un ami des anciennes du lycée La Fontaine.

A Beaune (Atelier Lelouch), Zihan-Clément fut roi quelques secondes, Louis-Marie, pâtre. Callixte s’est exercé à la fonction de messager. Ariane, l’ainée des princesses, a laissé un peu de place à Ludmila, la benjamine.

En visionnant les vidéos à venir de Si je reviens un jour et celle des Souliers usés, vous ne ferez que les entendre. Bien que secondaires, leurs rôles sont essentiels à la dynamique du récit. Merci à eux.

Toutes nos formations se déroulant actuellement en distanciel, nous avons proposé fin janvier un atelier autour des lectures épicées par écrans interposés.

Nous étions un peu inquiètes des éventuels soucis techniques (connexion des participantes, angles de vue, répartition des voix du public) et de notre capacité de transmission dans de telles conditions. Après quelques calages, tout s’est bien passé.  Nous sortons rassurées de cette journée :

  • une bibliothécaire, novice en la matière, repart avec l’impression d’avoir bien cerné le principe et l’intérêt de ces lectures. Une autre a changé de regard sur l’un des albums, après avoir prêté sa voix au narrateur principal
  • une enseignante en section ULIS  a le cerveau bouillonnant d‘idées d’activités pour prolonger les lectures
  • toutes les participantes ont une  vision plus concrète du déroulement des lectures et des éventuelles astuces ou adaptations

Pour nous, qui étions jusque-là de simples participantes lors cet atelier animé précédemment par Véronique Lombard, cela nous permet de :

  • mettre « les mains dans le cambouis » en nous confrontant de manière pratique aux lectures épicées à chacune des étapes : préparation, répétition et mise en œuvre
  • répondre aux futures questions des animatrices du voyage-lecture et leur prêter du matériel pour réaliser ces lectures
  • saisir l’enjeu de ces lectures, qui permettent d’entrer réellement dans chacun des albums, de s’approprier les personnages et leurs histoires.

Nous sommes ravies d’avoir relevé le défi en cette année particulière, et prêtes à animer, in situ si possible, les ateliers des années à venir, en cooptant des volontaires pour les préparations et les démonstrations.

Cécile Rigollet et Marlène François – Bibliothèque départementale de l’Yonne