Dans une résidence de personnes âgées, comment promouvoir la lecture à voix haute des albums ?
Annoncer clairement sur le tableau d’affichage et dans l’ascenseur, un atelier-lecture, ou un rendez-vous-lecture parle aux personnes qui lisent encore ou qui ont lu du temps où leur vue était bonne ! Comment attirer d’autres participants, friands de temps en commun, mais que les mots livre ou lecture effraient ou n’intéressent pas ?

Dans ce foyer-logement, la directrice et l’animatrice-lecture bénévole ont, après plusieurs années de participation à 1, 2, 3 albums, retenu pour cette édition l’expression « Invitation à l’évasion… »

Dans le hall d’accueil, sur le tableau des activités et des évènements, est ainsi annoncé le temps hebdomadaire de lecture avec le visuel de l’album qui sera partagé (version sans titre) et une feuille d’inscription. « Si madame Petit a mis son nom, ça doit être bien », se dit monsieur Raoul qui s’annonce pour la prochaine séance.

Est-ce cette invitation à s’évader ou le fait que c’est la seule activité collective qui est organisée ces temps-ci, le succès est là, plus que les autres années, ou plutôt était là jusque fin mars avant que la covid en maraude n’oblige à tout suspendre. Espérons que la séance prévue le mardi 6 avril pourra avoir lieu le mardi 4 mai !

Suggestion :  On peut aussi utiliser, en plus des visuels détourés disponibles sur simple demande, les phrases-accroches créées par Livralire pour la fiche d’identité de chaque album sur le blog. Exemple pour le barrage : « La musique se joue du temps qui passe ».
VML

Je n’ai jamais dit, tu n’as jamais dit, ils n’ont jamais dit …

Au collège Saint Joseph La Salle de Dijon, après la lecture de l’album de Didier Jean & Zad, nous avons encouragé les élèves de la classe de 6e B à partager quelque chose qu’ils n’avaient jamais dit. Leurs propositions, plus ou moins fictives, sont partagées sous forme d’un mur numérique (padlet).

Cécile Pereira (professeure de Français), Frédéric Gillot (professeur documentaliste).

Échanges à bâtons rompus après la lecture épicée de Kini, le monde à bras le corps par trois adultes devant douze élèves de 6ee.
(En noir les 6e, en bleu, les adultes)

– Est-ce que c’est une histoire vraie ? Est-ce qu’elle a vécu ?*
Bien sûr que Kini a existé ! A votre avis, qu’est ce qui nous le prouve ?
Sa photo** et celle de ses complices de voyages, la couverture de ses différents livres aussi.
– C’est bizarre pour une sportive de fumer la pipe !
A l’époque on n’avait pas fait le lien entre santé et tabac ; on fumait couramment.
Elle ne s’est pas mariée et n’a pas eu d’enfants. C’est pas normal pour une femme !
– Avec tous ces voyages, elle n’aurait pas eu le temps de s’occuper d’une famille.
– C’était pas important pour elle.
– C’est une femme sacrément indépendante.
– Elle a fait ce qu’elle voulait de sa vie.
– C’est une aventurieuse !
Eh oui ! Une aventurière curieuse, rieuse !

 * L’incrédulité des jeunes lecteurs est un bonne rampe de lancement pour l’échange. Cela permet de revisiter l’album dans sa totalité, c’est-à-dire de :
– fixer dans les mémoires les principaux épisodes de la vie d’Ella Maillart
– mettre en évidence le caractère extraordinaire de son parcours
– aborder le thème de la singularité : savoir qu’il est possible de marcher en dehors des sentiers battus, qu’une vie n’est pas nécessairement toute tracée.

C’est dire, dès lors, si ce temps de lecture partagée, même bref, n’est pas perdu.

** De l’intérêt d’avoir mis en avant (dans la lecture épicée) les protagonistes avec leur photo noir & blanc et pas seulement les illustrations de l’album.

Véronique Lombard et Emmanuel Delorme, professeur de lettres, collège Camille Chevalier (Chalon-sur-Saône)

 

Attirés sans doute par une activité commune enfin autorisée, les résidents d’un foyer logement bourguignon sont nettement plus nombreux que l’an passé, à participer à l’atelier lecture animé chaque mardi matin par une bénévole et selon les séances, des jeunes retraitées ou la bibliothécaire de la ville.

Le voyage-lecture a démarré début mars, sans les CM2, qui liront de leur côté les albums avant une rencontre intergénérationnelle espérée, en plein air en juin.

Pour les ainés, pas de scénographie cette année mais, pour les deux premiers albums, le jeu des hypothèses à partir de la couverture détourée. Cela fait parler, éveille la curiosité et maintient l’attention des ainés pendant la lecture. L’analyse du visuel de couverture de Kini a particulièrement bien fonctionné. Le public a souligné l’ambiguïté du personnage qui n’a pas de poitrine, porte un chemisier à fleurs, fume (peut-être de la drogue ?) et a eu l’intuition qu’il ou elle avait traversé des déserts.

La lecture épicée des Rides les a fait participer, celle de Kini les a fascinés. Le groupe rit beaucoup –ça fait vraiment du bien-  échange volontiers au point d’oublier l’heure du déjeuner – ce qui n’était jamais arrivé ! Les dames s’arrachent l’album pour l’emprunter !

On se rend compte combien la régularité est importante : une lecture en appelle une autre.

La 3e séance, pleine d’entrain, a été consacrée uniquement au jeu des visuels, à l’issue duquel a été dévoilée l’affiche et ont été distribués les signets.

Sur mon conseil, pour satisfaire l’appétit de lecture et faire connaître aux nouveaux résidents le fonds d’albums (très riche après dix ans de participation au voyage-lecture), des albums cousins seront mis en lien avec les prochaines lectures épicées (qui, nous venons de l’apprendre, sont malheureusement suspendues  jusque mai ! On n’ose pas imaginer la déception des résidentes ! )

Exemples avec des albums de voyages-lecture précédents que l’on peut découvrir en cliquant sur le visuel de couverture.

Pour Quelqu’un m’attend derrière la neige, sur le thème de la rencontre et de la générosité : Philémon et Baucis (albums 14), Elle est où la ligne ? (albums 9), Le Bébé tombé du train (albums 6).

Pour Si je reviens un jour, sur le thème de la Shoah : Le dernier voyage (albums 11), Carton rouge (albums 10).

Pour Les souliers usés, des histoires de princes et princesses : La princesse au don perdu (albums 14), La princesse aux mille et une perles (albums 13), Le prince dragon (albums 10).

VML

Françoise, documentaliste du collège de Buzançais (36), découvrant le projet à la BDP de l’Indre fin janvier, en parle à un collègue de lettres. Ils prennent contact avec la bibliothèque de la commune, la sachant associée, depuis plusieurs années avec deux autres BM pour monter et animer 1, 2, 3 albums et donc à même de l’aider pour ce premier embarquement.

Un plan de voyage est sitôt établi :
– Quatre bibliothécaires de Villedieu-sur-Indre, Buzançais et Niherne viennent jouer la scénographie au collège à une classe de 6e.
– Elles reviendront pour une première lecture épicée, passant le relais à Françoise, la voyageuse novice enthousiaste.
– Le professeur de lettres, lui aussi conquis, va encourager les lectures individuelles et prévoit une création à partir de l‘album Les Rides qui l’inspire.
– Au final, la classe préparera une théâtralisation d’un ou des album(s) en utilisant et en valorisant les compétences de tous les élèves : dessins, techno, arts plastiques, lecture à voix haute, mise en scène.

Cette organisation coopérative et cordiale, où chacun a une place sans que ce soit trop lourd, pourrait inspirer ceux qui hésitent à partir dans l’aventure.

Enseignante en Segpa, j’ai été entrainée dans 1, 2, 3 albums l’année dernière par notre conseillère pédagogique. Confiante et intéressée, j’ai embarqué cette année 16 élèves de 5e Segpa du collège Louis Pasteur à Graulhet dans le Tarn.

J’ai commencé par Les Rides.  Après la lecture collective, j’ai demandé aux élèves de repérer les différentes émotions puis de chercher une personne de leur entourage, ridée, qui  accepterait d’être prise en photo en faisant une grimace, en riant, en exprimant un secret ou simplement au naturel.


La plupart des grands-parents vivant au loin, seule une jeune fille a tiré le portrait de sa grand-mère. Alors, j’ai proposé aux élèves de chercher sur internet un visage qui illustrerait une des  trois expressions (ou non) et de lui inventer un autoportrait à la manière de ceux donnés dans l’album, avec une ville et un pays, un métier, une situation familiale. L’ensemble forme quatre panneaux.
Marion BASTIE, collège Louis Pasteur – Graulhet (81)

Suggestion Livralire : pour un rendu global qui valoriserait davantage les productions, donner au départ aux élèves un modèle de fiche où coller la photo et écrire le texte. Puis organiser un agencement « artistique » sur le tableau avant collage.

Premier embarquement dans 1, 2, 3 albums pour nous, au collège Albert Camus à Auxerre (89). Avec la complicité de David, accompagnant scolaire (AESH), nous avons joué la scénographie à deux classes de 6e.

Après que les héros aient confié un de leur secret, nous avons invité les élèves à partager à leur tour et anonymement quelque chose qu’ils n’auraient jamais dit.

Une fois remplis, les petits papiers ont été jetés dans le bocal à poisson puis piochés et lus à haute voix. Au milieu de doux secrets ou de petites bêtises, sont sortis des secrets douloureux ou imprévisibles dont deux sur lesquels nous avons rebondi pour éviter tout malentendu.

Juliette Stavrou, professeur-documentaliste, Agnès Cochard, professeur de lettres, Véronique Oudin, coordonnatrice ULIS

La rencontre des élèves de la classe ULIS du collège avec Gloria, l’hirondelle héroïne de Quelqu’un m’attend derrière la neige, s’est prolongée par un atelier de fabrication d’oiseaux.

Julie Dequincey, leur enseignante, a :
– préparé des planches de silhouettes d’hirondelles* trouvées sur le net
– fourni à chaque élève un protocole de réalisation Je sors mon feutre noir, mon feutre orange, mes ciseaux … Je colorie …. Je découpe …. J’assemble
Et une fiche d’auto évaluation qu’ils ont remplie sérieusement.

Une heure après les hirondelles étaient prêtes à s’installer dans le coin lecture de leur classe.

* Si on tape hirondelle activité manuelle en ligne, on trouve plein d’idées notamment sur Pinterest.

Sylvie Merabti, professeur- documentaliste, collège Boris Vian à Talant (Côte d’Or) 

L’expérience virtuelle de vieillissement des visages racontée sur ce blog, a donné une idée inverse à Sylvie Merabti, documentaliste au collège de Talant.

Les seniors qui dans la ville de Talant et via la bibliothèque, ont lu individuellement les albums sans pour l’instant rencontrer les collégiens n’ont pas toujours eu des rides.

Et si on leur demandait deux photos, une récente avec leur visage marqué, une de leur jeunesse à la peau douce ?

Sylvie Guyot à la bibliothèque se chargera de scanner ou tirer les portraits qui seront exposés au collège.

En juin, les élèves voyageurs découvriront les visages des partenaires de lecture en appariant les portraits ridés et ceux d’avant les rides !

VML

Dans le cadre du festival Modes de vie, neuf jeunes du club théâtre du collège de Talant (Côte-d’Or), ont bénéficié de l’accompagnement d’Alexis Louis-Lucas, comédien de la compagnie Taxi Brousse, acteur d’un drôle et superbe seul en scène l’Utopie des arbres.

De novembre 2020 à février 2021, le comédien a animé des ateliers d’écriture et de mise en voix des textes produits par ces volontaires de 6e, 5e, 4e et 3e, avec au final une lecture théâtralisée partagée au collège.

A cette petite équipe si bien entraînée, Sylvie la documentaliste et Pauline, en charge du club théâtre et professeur de français, proposent de préparer trois lectures épicées. Huit élèves répondent présents. Par deux ou par trois, ils s’entrainent, se distribuent les rôles pour Kini le monde à bras le corps, Quelqu’un m’attend derrière la neige et Si je reviens un jour, endossant si besoin deux rôles différents, et prévoyant d’associer, le moment venu, pour les personnages secondaires, l’enseignant et les élèves de la classe « spectatrice ».

En accord avec l’équipe pédagogique, ils feront ces lectures devant toutes les classes de 6e, 5e et 3e, d’avril à mai, chaque semaine étant consacrée à un album.