En juin 2020, au retour des élèves au collège de la Plaine de l’Ain  à Leyment (01), Madame Mota, professeur de lettres, demande aux 6eA sur quel album ils aimeraient travailler ensemble. La femme du potier l’emporte majoritairement.

Après une (re)lecture à deux voix suivie d’échanges fructueux, sont constitués des petits groupes d’expression. Certains  élèves font un résumé de l’histoire avec leurs propres mots et images. D’autres supposent une autre répartition entre mari et femme. Un groupe imagine que le couple a trois enfant potiers !

D’un clic sur la potière, découvrez la compilation faite par madame Mota.

Emilie Nallet, documentaliste, collège de Leyment (01)

 

Parmi les groupes que nous embarquons depuis 3 ans dans 1, 2, 3 albums, une classe de seconde « Plastiques et Composites » du lycée Jules Verne de Mondeville, des garçons peu enclins à la lecture et ne maîtrisant pas forcement la langue française, accompagnés par leur professeur de lettres et histoire et la documentaliste.

Deux albums les ont touchés particulièrement : Moi, c’est tantale et Philémon et Baucis.

Les dieux magiciens l’ont emporté pour le choix d’une adaptation avec un spectacle en 3 parties :
1. Lecture de la métamorphose d’Ovide dans une version jeunesse par un récitant.
2. Représentation de Philémon et Baucis transposé à l’époque moderne par quatre ou cinq élèves.
3. Expression personnelle : évocation de différents vœux. Les lycéens ont été invités à exprimer le souhait qu’ils souhaiteraient réaliser si un génie leur en donnait la possibilité.

En janvier débute le travail d’écriture. Sur des fiches sont notées des amorces du conte original. Chacun complète et lit sa proposition à ses camarades. Ensemble, ils choisissent les meilleures versions pour constituer le texte du spectacle. Juste avant la période de confinement, commencent les répétitions du spectacle (distribution des rôles, lecture à voix haute, mise en scène) qui sera joué à une classe de CM1-CM2 et à des résidents d’un foyer et d’un Ehpad.

Corona oblige… La représentation n’aura pas lieu. Le texte sera enregistré à la rentrée et diffusé via la radio du lycée.
Cela permettra au moins aux lycéens, très investis à chaque étape – lecture, écriture, spectacle – de valoriser leur travail au sein de leur établissement.
Une belle expérience de lecture et de création collectives que vous pourrez déguster en cliquant sur le visuel.

Arnaud Legoff, bibliothécaire, médiathèque Quai des mondes à Mondeville dans le Calvados.

Sans surprise, le taux de participation au vote pour ses 1, 2, ou 3 albums préférés est très faible, l’élan de lecture ayant été brisé ou freiné par le corona. Seulement 42 établissements sur 400 ont envoyé des résultats, souvent partiels. En conséquence, on ne peut que donner une tendance.

Adjoa, la maitresse femme de Tiens-toi droite, arrive nettement en tête. Elle est  suivie par un trio de personnages entreprenants : Tantale, la princesse au don perdu et Darwin.

La lecture du Voyage de Darwin et de Moi, c’est Tantale, appréciée autant des jeunes que des ainés, est exigeante. Cela nous conforte dans nos choix.  Ne soyons pas frileux. Le public jeune et adulte, même en difficulté, mérite des livres forts, voire difficiles, qu’on ne comprend pas forcément du premier coup, dont on ne saisit pas tout, mais qui embarquent, questionnent, ouvrent au monde, touchent, font rêver, évoquent des souvenirs. C’est par la lecture de ces histoires, qui demande à être accompagnée, que se nourrissent les échanges et se forgent des opinions.

Longue vie, sous les formes les plus variées, aux huit albums de la 14e édition d’1, 2, 3 albums !

VML

Cet été …
Dans les résidences et les centres d’accueil où les règles seront assouplies, reprendre les lectures.

En bibliothèque, donner une chance aux albums de sortir et de surprendre des lecteurs adultes  :

Insérer un album dans une pochette surprise 

Associer un album à un autre livre (fiction, BD, documentaire) en recherchant une parenté d’auteur, de thème, de cadre, de genre. Prêter le duo.
Exemples (adulte):
Le voyage de Darwin + un récit d’exploration ou un carnet de voyage
Philémon et Baucis avec le film Amour
La femme du potier + un livre d’art sur la poterie
Un jour particulier + un roman du terroir
La princesse au don perdu + un conte de sagesse

Dans les établissements scolaires :
Prêter le temps des vacances le pack d’albums de cette année (ou d’autres) à des collègues, à l’animatrice de l’Ehpad voisin, à un enseignant d’IME

A la rentrée
– Au centre social, au collège, reprendre le voyage là où on s’était arrêté, en attendant le prochain…
– Pour des CM2 ou des  collégiens jamais encore embarqués, préfigurer  l’édition 15 – janvier à juin 2021- en lisant quelques albums des éditions précédentes.

VML

Juste avant le confinement, Yohann Hébert, potier de métier, a animé à l’Ehpad La Source de Mondeville, un atelier à 4 mains entre voyageurs de la résidence et élèves-voyageurs de l’école des Tilleuls. Ensemble, ils ont modelé des tortues, inspirées de celles trouvées par Darwin, que les aînés ont eu le temps de peindre pendant l’isolement forcé.
Arnaud Le Goff, médiathèque Quai des mondes, Mondeville (14)

Amélie, documentaliste à la Bibliothèque Universitaire (Auxerre) a envoyé aux étudiants, enseignants, agents administratifs et techniques de l’INSPE de Bourgogne une invitation d’écriture collaborative poétique à la manière de l’inventaire des jours de Luca Tortolini et Daniela Tieni (Editions Passe-Partout).
Résultat : les hauts et les bas de la vie de confinés.

Le confinement n’a pas brisé notre engagement dans 1, 2, 3 albums. Il en a modifié le rythme et la forme. Impossible de tenir l’agenda du voyage mais nous continuerons les lectures cet été. En effet, le temps si long pour les résidents est paradoxalement devenu si court pour le personnel. Et nous avons dû adopter les couloirs comme scènes de vie commune :  loto avec micros, jeux collectifs, lectures du journal et d’albums. Les résidents à leur porte, les animatrices au centre. La distanciation physique n’a pas empêché les échanges.

Philémon et Baucis ont eu la chance d’être présentés en grand groupe avant l’enfermement individuel.
Leur histoire d’amour a fait l’unanimité et réveillé des souvenirs :
Autrefois beaucoup de miséreux passaient. On leur donnait du pain. Ils étaient souvent courbés par de gros sacs en toile qu’ils portaient sur le dos. On les appelait les rondins ou les plots, ou encore les gredots. Ils dormaient souvent à l’écurie, dans le foin. On leur demandait de nous donner leur briquet avant de leur accorder de passer la nuit, afin d’éviter les feux. Bien sûr on le  leur rendait le lendemain. Proposer le gîte et le couvert était monnaie courante et il y avait une grande solidarité. Parfois les vagabonds nous faisaient peur car nous étions enfants.

A la proposition de formuler un vœu à la suite de celui du couple mythique de ne pas être séparés par la mort, les ainés ont dit :  Revoir ma maison, garder la santé, trouver un compagnon à mon goût, faire un long voyage.

Murielle Daumur et son équipe d’animation, Ehpad Bouthier de Rochefort,  Semur-en-Brionnais (71)  

Illustration de Chloé Almeras extraite de l’album Philémon et Baucis, page 11.

Dans notre établissement, trois albums ont été partagés en petits groupes depuis le déconfinement.
Des lectures suivies d’échanges qui développent des liens entre les résidents et apportent un bonheur certain.
La femme du potier nous a amené naturellement à parler des droits des femmes.
Un jour particulier, des glaneuses et de Millet.
Tiens toi-droite a remporté l’adhésion de tous. Cet album a fait remonter des souvenirs, notamment celles de femmes immigrées, ouvrières dans les usines textiles à côté de Chauffailles, qu’on voyait passer avec une bouteille de gaz sur la tête. Sans compter que cette injonction, les ainés l’entendent aujourd’hui, du fait qu’ils ont tendance à se voûter.

Christelle Gaillard, animatrice à l’Ehpad de Chauffailles (71)

Le jour de leur retour au collège, quelques 6e du collège l’Albarine à Saint- Rambert-en Bugey (01), ont plongé dans L’inventaire des jours.

Après leur avoir lu et montré l’album, Kathy Dupré, professeur-documentaliste, leur a proposé d’écrire sur le modèle de poésie libre cadencée par l’anaphore « il y a les jours ».
« Prendre le stylo n’a pas posé de problème ». Les jeunes étant présents de façon intermittente, mesure sanitaire oblige, c’est elle qui a fait l’association de leurs textes avec les illustrations originales de Daniela Tieni.

Quinze jours plus tard, elle a montré cette production à d’autres élèves touchés par les mots et le travail de leurs camarades.  « Luna en avait les larmes aux yeux. »

Le principal a offert le livret en couleur aux sept élèves rédacteurs et un exemplaire sera exposé au CDI avec l’album original écrit par Luca Tortolini, publié aux éditions Passe-partout.